L’ENFANCE DU FOU
Un quatre juin, d’une année fort belle, par une après-midi
ensoleillée, un nom s’ajoutait au registre de la mairie de Sarignot-le-Roy.
[Commentaires (2008) : nul doute que Sarignot-le-Roy
ne fasse allusion à Marly-le-Roi, où j’habitais en
cette année 1969].
« Jacques, Marcel, Etienne, Le Fou, né de George Le Fou, et de
Marie, Olivia, Florentine Le Fou, née Eminentatroie ».
[Commentaires (2008) : il s’agit des prénoms de ma grand-mère,
Marie de Vivier].
Les Le Fou vivaient mal. Ils n’avaient qu’une petite chaumière, et un
lopin de terre à peine plus grand que mon mouchoir de poche. Le père le
labourait sans cesse, ce mouchoir de poche. La mère Le Fou, une sainte femme,
pieuse, et tout, et tout, désirait que son fils devienne moine. Le père étant
trop pauvre, pour payer des études à son fils, il chargea la mère de
l’éducation de son rejeton. Elle lui apprit, pendant dix ans, son « ave
maria », son chapelet et à ne pas aimer les femmes, chose dont il ne fit
pas cas………. Mais il s’intéressa plus aux filles (du boucher, du boulanger,
etc.) et, à sept ans, il commettait des actes, pas du tout de son âge…
Lorsque son père, après avoir été engueulé, par le père de la
personne qui avait subi « l’acte », revenait chez lui, et houspillait
son fils, celui-ci répondait : « C’est l’instinct de
reproduction »…
Et le pauvre père le Fou, de dire :
-
Faire ça, à son âge…
Espérons que ça lui passera.
Et Maman Le Fou :
-Bah ! C’est un
caprice de gosse.
Elle ne savait pas, alors, qu’il ferait toujours « ça »… Mais,
un jour, le propriétaire de la maison vint, et dit :
- J’ai retrouvé ma fille, ligotée, et nue, avec votre fils un peu
trop approché à mon goût. Que cela ne se reproduise plus.
Le père répondit :
-
Monsieur, cela ne se
reproduira plus, je vous le promets.
Le père décida d’envoyer son fils à l’asile, qui était gratuit. Le
pauvre enfant y fut envoyé, et y passa quelques années. Puis le père le reprit,
mais l’enfant continua à faire des « actes »… Le père renvoya son
fils à l’asile, puis cédant aux supplications de Madame le Fou, il le reprit à
nouveau. La mère lui fit comprendre qu’il ne fallait plus faire
« d’actes », et elle le prépara à devenir moine…
Après quelques laborieuses années de préparation, le rejeton des Le
Fou fut habillé de son bel habit du dimanche, il refit à sa mère la révérence
qu’elle avait eu tant de mal à lui apprendre, et les voilà se dirigeant vers le
monastère.
La mère : - Dreling, dreling !!
Un moine vient ouvrir.
La mère : - Bonjour, mon Père.
Le Père : - Bonjour. Que désirez-vous ?
La mère : Je voudrais vous confier cet enfant. J’aspire à ce
qu’il soit moine.
Le Père : Aime-t-il la paix, le silence ? Prier, se
recueillir, Dieu, etc. ?
La mère : Oui, tout cela. Il sait ses prières. Il les tient de
moi, c’est ma Grand-Maman qui me les a apprises.
Le Père : Dis-moi « l’Ave Maria », mon petit.
Le Fou : C’est quâ, M’man, l’avaie Maria ?
La mère : La première prière, mon petit.
Le Fou : Voilà, m’sieur.
Le père (mari) : Monsieur, Etienne.
La mère : Mais non, père.
Le père du Fou : mais non, Olivia. Il n’est pas père. Ces
gens-là ne se marient pas. C’est un monsieur.
Le Père (le moine) : Allez-y, mon petit.
Le Fou : « Avé Maria, pleine de grâce, vous êtes
bénie, ainsi que vos entrailles. Sainte Marie, mère des hommes, priez pour les
hommes, pauvres pécheurs, maintenant et à jamais. Amène ».
Le moine : Que veut dire amen, mon petit ?
Le Fou : Ainsi foie-t-il.
Le moine : Ton Pater Noster.
Le Fou : Pater Noster, pater Noster, toi qui êtes aux cieux,
toi, Pater Noster ; alleluiiia ».
Le moine : Ecoutez. Ses prières, il ne les sait pas très bien.
Mais je vais le faire tondre. Puis je lui donnerai une cagoule, un habit de
moine, et une Bible. Je le prendrai à l’essai.
[Commentaires (2008) : nous respectons ici, dans les grandes
lignes, l’orthographe, la ponctuation du manuscrit original].
L’essai ayant été (Dieu sait comment) satisfaisant, Le Fou devient
moine, et ne peut donc plus voir ses parents. De plus, aucune femme ne peut
entrer dans le couvent. Ces deux règles ne plaisent pas au Fou qui a le malheur
d’aller installer un « arème », comme il
dit, dans l’église…
Un moine, voyant cela : Sacrilège, sacrilège ! Père, Père
l’Abbé, venez vite !
L’abbé, sans trop comprendre, arrive.
L’abbé : Quoi ?
Le moine : C’est épouvantable…
L’abbé : Rien n’est épouvantable dans la maison de Dieu, frère
Jean…
Le moine : Si… c’est épouvantable… il est assis sur… l’autel…
avec des filles nues… elles sont ligotées… une à une, il les… (ici, la censure intervient), puis les jette dans l’eau…
bénite… aaaaaah…
L’abbé : Quoi ? Horreur.
Il se jette dans l’église, et attrape Le Fou qui proteste…
-
Quoi, si on ne peut
même plus s’amuser, en paix…
L’abbé : Selon la règle du Saint que nous servons, St-Onésime-Gustave, moi, bon Gustavien Onésimien,
suis fort fâché de ton comportement de païen. Il faut te purifier, mon frère
(en effet, n’oublions pas que le Fou est moine). Va à confesse.
A CONFESSE.
Un moine, Le Fou.
Le Fou : Bonjour, m’sieur. J’viens me
confesser.
Le moine : Vous venez à confesse, frère Fou. Bien.
Le Fou : Mon frère, j’ai enculé des bonnes femmes…
Le moine, horrifié : Dieu vous pardonne, mon frère…
Le Fou : … à poil, et…
Le moine, ne pouvant en entendre plus : Je vous donne
l’absolution.
Mais Le Fou continuait à faire des bêtises, et, un jour, il fut
convoqué par l’Abbé.
L’abbé, Le Fou.
L’Abbé : Frère Fou, je vais oublier que je sers Dieu, un
instant, et vous dire, que, depuis (il se met à crier) QUE VOUS ETES ICI, VOUS
SEMEZ LA MERDE PARTOUT.
Frère Fou : Mais, M’sieur.
L’Abbé : Et je suis le père l’Abbé, pas « M’sieur ».
Compris ? Si, au moins, vous agissiez comme un moine. Mais vous buvez du
vin, vous dormez tout le temps, vous faites des sacrilèges sur mon autel, vous
cassez tout, vous ne savez pas prier ; quoi ? Oui, quoi ? Hein…
Frère Fou : …. ?! (air penaud)
L’Abbé : Prendrez-vous de meilleures résolutions, idées, etc… serez-vous plus pieux ?
Frère Fou : Par Saint-Judas, je jure…
L’Abbé : Judas n’est pas saint, et jésus a dit : « Tu
ne jureras pas »…
Frère Fou : … d’être comme lui, sincère, pieux, loyal, juste,
et… ah oui, je me souviens… d’aimer les landilles
(il veut dire lentilles).
L’Abbé : C’en est trop. Retourne chez toi.
Ainsi finit la vie de moine du Fou.
Mais mère Le Fou, contrairement à son mari, ne voulait pas le laisser
retourner à l’asile et résolut de lui apprendre un nouveau métier. Restant dans
la voie chrétienne, elle énuméra… Pape, non. Moine, non. Evêque, non.
Archevêque, non. Curé, décidément non. Enfant de chœur ? Pas de scandale,
donc, non. Que restait-il ?
Elle trouva. Sonneur de cloches. Craignant de retourner au monastère
des Gustaviens-Onésimiens, elle préféra aller à une
église des environs. Elle avait le choix, Madame Le Fou, pour placer son fils
sonneur de cloches ! Que choisirait-elle entre les six villages les plus
proches ? Richepin le Lieu, Marigné sous Bois,
Villepreux la Bayonne, Racinard en Millard, Ossatière du Villon, Crouy-en-Thelle ?
[Commentaires (2008) : le village de Crouy-en-Thelle
existe (voir, sur le site de Daniel Fattore, mes
commentaires à « Cent pages d’amour » ; je ne vois aucune
explication, en revanche, aux autres villages ici cités, parmi lesquels je
note : « Ossatière du Villon »].
Elle choisit Marigné, et, un beau jour, se
présenta à l’église.
A Marigné.
Le Curé, Le Fou, la mère.
La mère : Dreling, dreling.
Le Curé : Qu’y a-t-il ?
La mère : Bonjour, Monsieur le Curé. Pourrais-je vous
parler ?
Le Curé : Mais oui, ma bonne dame. Je descends.
La mère, en attendant l’ouverture de la porte, à part elle : -
Ma bonne dame, « ma bonne dame »… Personne ne m’a jamais dit ça, si
ce n’est ma grand-mère, la très regrettée Marie Rihouëy,
dite Jacquart, née Marie de Vivières
de poisson, ah, celle-là, ah… et…
[Commentaires (2008) : allusion évidente à ma grand-mère, Marie Jacquart, en littérature Marie de Vivier, qui épousa en
secondes noces, en 1973, le docteur Rihouëy :
l’allusion au docteur Rihouëy fait donc partie des
choses qui ont été ajoutées, par mes soins, vers 1973 ou au plus tard en 1974 ; ces ajouts au
manuscrit original de 1969 seront précisés, chaque fois que nécessaire, ici].
Elle est tirée de ses réflexions par le Curé, qui ouvre la porte.
Le Curé : Entrez donc, ma bonne dame.
La mère, à part elle : Encore « ma bonne dame ». Il
est très sympathique, cet homme-là. Mon petit sera bien, ici.
Le Curé : Alors, ma bonne dame, que désirez-vous ?
La mère : Avez-vous besoin d’un sonneur de cloches ? Dans
ce cas, mon fils désirerait l’être.
Le Curé : Oui, j’en ai besoin.
Et voilà notre héros chez le Curé…
Et le dimanche suivant, la mère n’alla pas à la messe à Sarignot-le-Roi, mais à Marigné
(sous-Bois, il y a aussi souris).
Mais Le Fou, conscient de l’importance du travail, commença beaucoup
trop tôt à sonner les cloches. Tout le monde s’éveilla, avant que le coq n’ait
chanté. Il sonna, et sonna, et quelqu’un vint lui dire d’arrêter, que la messe
ne comprenait pas d’accompagnement de cloches, et que la messe ne commençait
que dans deux heures.
-
Qu’est-ce que je
vais faire, en attendant ?
Il voit une corde pendant
du ciel, et se dit :
-
Je vais jouer à la
balançoire.
Et le voilà se balançant,
et DONG, DONG, DING, et encore DONG.
Un autre jour, il décida qu’il ne travaillerait pas ; que
fait-il ? Ben tiens… ! Il
prend une belle pendule, la met sous la corde de la cloche, accroche le battant
à la corde, et s’en va. Une autre fois, il accroche la corde à une poignée de
porte, puis ouvre et ferme la porte continuellement ; tout cela ne
plaisait pas au Curé, qui attendait une occasion pour mettre dehors notre
pauvre Fou. « L’occasion » vint vite. Il renouvela le coup des filles
nues sur l’autel et de l’eau bénite. Cette fois-ci, ce fut fini de la vie
chrétienne du Fou.
ENCORE UN METIER.
En rentrant chez lui avec s amère (en revenant du « coup »
des filles et de l’eau bénite) le père demanda :
-
Pourquoi es-tu si
triste ?
Madame Fou : Un peu
plus, il était excommunié ! Il a refait le « coup » des filles,
et…
Monsieur Fou :
Excommunié. Ooooh. Quelle horreur.
Madame Fou : N’aie
crainte : je lui ai trouvé un métier… (elle
respire)… Un métier… à…
Monsieur : A… ?
Madame Fou : A …
(elle éclate en sanglots)… à Ripatouille du Sanglier.
Les cheveux de Monsieur Fou se hérissent, et, machinalement, il
répète : A… à… Ri… Ripatouille du Sanglier…
Mais je doute que les lecteurs connaissent cette ville… Cette ville
est un petit village isolé qui comprend un couvent, une mairie, et une maison
de paysans…
Monsieur Fou : Mais… le travail… tu n’aurais pas pu le trouver.. ; autre part ?
Madame Fou, d’une voix qu’on peut comparer à celle d’une grand-mère
gâteuse, dit :
- Ses actes, et le coup de l’autel, n’ont guère arrangé sa
réputation… mais, à Ripatouille du Sanglier, on
l’accepte… balayeur de la mairie… Ah… quand je pense à ma très illustre, la
« clarissima » Marie de Vivières
de Poisson… ah, on peut dire qu’elle a commis autant « d’actes » que
notre petit.
Le Fou :
- Et il y a un couvent, tu dis… mmmmhh.
Quelles soirées agréables…
Monsieur Et Madame Le Fou se regardent, puis…
-
Le couvent…
OOOOOOOH. Qu… que…
-
Le couvent… que
faire ?
-
Prévenir ???
-
Quoi ?
Qui ? Comment ? Quand ?
-
Le laisser ?
-
Protéger les ?
-
Ne pas
l’envoyer ?
-
Alors, le
métier ?
-
LE CASTRER, s’écria
soudain le père…
-
Le castrer ? Je
ne sais…
-
Les
religieuses ?…
-
Les castrer…
-
Un vétérinaire…
-
Situation délicate…
-
Faut prier. Y a que
ce moyen…
-
Pas suffisant.
-
Ben… ??…
-
Quoi, alors ?
-
Castrer… amis oui…
castrer les religieuses…
-
Le Bon Dieu nous
punirait…
-
Merde, alors. Que
faire ? Trouve, quoi ?
-
J’sais point, moi.
-
Faudrait p’têt ben pas l’y mettre, à la mairie…
-
Mais…
-
J’sais… y faut faire
un procès… nouvelle loi « Il est interdit de laisser des femmes non castrées
à vingt lieues à la ronde, là »…
-
Non.
-
Ecoute. Il faut…
-
J’ai mieux… écoute…
est-ce qu’elles en auront du mal, d’avoir des gosses, ces bonnes femmes ?
-
Du…
« mal », non, mais…
-
Ce dialogue se
poursuit, puis :
-
Tu as raison…
d’accord, il ira, et, à Dieu vat !
Le lendemain, le Fou
partait pour Ripatouille…
-
Au revoir, Pppa ; au r’voir, M’man.
-
Au revoir. Sois
propre…
-
Oui…
Après quelques heures de
marche, il parvient à la mairie de Ripatouille.
-
B’jour, M’sieur,
s’écria-t-il, apercevant un homme.
-
Savez-vous à qui
vous parlez, jeune homme ?
-
Non, M’sieur…
-
Au maire de Ripatouille du Sanglier, commune de cent habitants…
-
Et les
habitantes ?
-
Je les compte dans
les cent…
-
Bien. Donnez-moi un
balai, et…
-
Ah, vous êtes le
petit… Le Fou ?
-
Oui.
-
Eh bien, allez voir
mon adjoint, il vous donnera votre travail…
-
Comment va-t-on au
couvent ?
-
Par là, mais…
pourquoi ?
-
Pour peupler mes
soirées…
-
Euh…
oui… ?!?!?!
Le Fou va à la mairie, et
trouve l’adjoint du Maire…
-
Jour, M’sieur, m’donnez-vous un balai, pour.
-
Qui êtes-vous ?
-
Le Fou.
-
Ah, le balayeur… t’as pas l’air doué… bah, pour balayer… enfin, je parle, je
parle… Tu commenceras à travailler demain…
-
Quoi qu’c’est-y-pas, comme boulot ?
-
Balayer la mairie…
le couloir, le bureau des…
-
Oui, je vois…
Aujourd’hui, j’ai congé ?
L’adjoint : Oui.
-
Bien. Merci,
monsieur l’djointte.
-
L’adjoint.
-
Merci, M’sieur Lidjante.
-
Enfin… va à ta
chambre… Et (très vite)…
-
Et… ?
-
Et…
-
Et… ?
-
Et…
-
Et… ?
-
Puis-je donc
parler ?…
-
« Faisez donc »…
-
Faites donc, mon
petit…
-
Dites toujours c’que vous avez à dire, puis…
-
Je voulais dire que…
-
Que ?
-
Oui… que…
-
Non ? que…
-
Que…
-
Que ?
-
Laisse-moi parler.
-
Oui.
-
Bien.
-
Je ne suis pas
« l’djointte », mais l’adjoint, aussi…
-
Oui. Au revoir,
M’sieur « l’odjintte ».
-
(air excédé) Va à ta
chambre. File. (Il avale un tube d’aspirine). Fou ! Il me rendra
fou !
(Le Maire entre).
-
Voyons, Monsieur Saccappus, qu’avez-vous ?
Le soir, quand tout le monde est endormi, le Fou met un voile blanc
sur sa tête (un drap de lit), met sous ce même drap de lit une lanterne, prend
une bible dans la bibliothèque du maire, un bout de bois, qui n’est autre qu’un
manche à balai, prend une corde, et se l’accroche au cou. Il pénètre dans la
chambre d’une religieuse, sœur Pohiette, et
l’éveille.
- Sœur Pohiette, je suis Jésus, et je
viens, car je veux avoir un fils, te faire un enfant.
-
Mais… la règle, ô
Jésus, de mon couvent ne perm…
-
C’est Jésus-Christ
qui te l’ordonne. Déshabille-toi.
Le matin, il dit :
-Merci, sœur Pohiette. Mais ne dis à
personne que je suis venu, et pour toi seule, sinon, tu seras anathème.
-
Jésus, fais un miracle
devant moi.
- Le miracle… le voilà… (il arrache une
fleur, et dit) Cette fleur est belle. Demain, elle sera fanée. Voici le
miracle.
Il balaye toute la journée, puis, le soir, il se déguise, et va dans
la chambre de sœur Andréettée. Tout se passe comme la
nuit passée. Mais, trois nuits plus tard, alors que le faux Jésus a déjà cinq
enfants (encore dans la matrice de leur mère), il va chez sœur Pirminette, et… y rencontre sœur Pohiette.
Il réussit tout de même à s’échapper, range précipitamment corde, lanterne, et
drap de lit, ainsi que corde, Sainte Bible et bâton, puis se couche. Le
lendemain, dans le journal de Ripatouille du
Sanglier, émoi :
« Journal de Ripatouille, 20
septembre 1…
LE RIPATOUILLIEN. 5 RELIGIEUSES ONT VU JESUS. ELLES ONT DES ENFANTS DE
LUI. MAIS ON A DES PREUVES. JESUS EST UN FAUX JESUS. IL EST DANS LA POPULATION
DE LA VILLE DE RIPATOUILLE. A MORT. A MORT. QUI EST L’INCONNU ? A MORT.
QUI, DANS CETTE PETITE VILLE COMPRENANT : 90 RELIGIEUSES. LE MAIRE.
L’ADJOINT MAIRE, MONSIEUR SACCAPPUS. DEUX DOMESTIQUES (Léon, et Aphanase) DU MAIRE. CINQ POLICIERS. UN BALAYEUR, UN
ENFANT : LE FOU. QUI A PU ETRE IMPUR (COMME DIT
SŒUR POHIETTE) A CE POINT ? »
Voilà ce que titrait « le Ripatouillien »,
qui tomba dans les mains de Monsieur et Madame le Fou.
-
Dieu, il a osé.
-
Je te l’avais dit.
-
Moi ?
-
Et… si ce n’était
pas lui…
-
Allons ? Des
blagues…
-
Ah, et c’est dans
les journaux.
-
Oui, merde, alors.
-
Vraiment.
-
Que faire ?
-
Be, attendre. Laisse faire, laisser venir, et…
-
J’te l’avais
dit ; il fallait le castrer.
-
Enfin.
-
Bah…
Monsieur et Madame Le Fou
décidèrent d’aller voir leur fils.
-
Fiston, est-ce toi
qui…
-
Bah, P’ppa, on ne m’a pas reconnu. Et il y a beaucoup de gens,
ici.
-
Ecoute. Le maire,
non. Monsieur Saccappus, non. On n’imagine guère des
policiers faire… cela, et, les deux domestiques ont un alibi… sérieux. Toi, tu
as dit « Je dormais ». Pas sérieux, ça…
-
D’ac. Mais… Pourquoi serait-ce justement moi ?
Hein ?
-
Oui. Mais un fils…
-
Surtout celui de
Jésus…
-
Je disais :
mais un fils peut ressembler fortement à son père, et… amis voici le Maire…
Le Maire :
-
Bonjour, Monsieur Le
Fou…
Le Fou :
-
Bonjour, Monsieur le
maire…
-
Bonjour. Savez-vous
ce qui…
Madame Le Fou (elle joue
la comédie, et éclate en sanglots) :
-
Ah, Monsieur le
maire, comme c’est triste… ces pauvres religieuses, mon dieu, un tel assassin,
dans une petite ville, si calme, d’habitude… et mon petit, qui est exposé à cet
homme vil, et sans bonnes manières ; ah, Monsieur le Maire, quel dommage… aaaaaaaah…..aaaaaaaaaaah (cris
perçants, d’hystérique)
Le Maire :
-
Calmez-vous, ma
bonne dame, voyons… allez… allez…
Madame Le Fou (à
part) :
-
Tiens… tous les gens
qui me disent « ma bonne dame » ces temps-ci… C’est peut-être un
présage… Oooooh…
Monsieur Le Fou :
-
Permettez-nous de
nous retirer, Monsieur le Maire : ma femme est fort pâle… la fatigue du
voyage… et, évidemment, nous nous rev…
-
Faites.
Après souper, dans la chambre du Fou, dialogue entre Le Fou, Monsieur
Le Fou, et Madame Le Fou.
-
Allons, fiston,
raconte… tu avais promis d’être propre…
-
Eh bien, tu sais, P’ppa, au moment où j’ai pensé à l’instinct de reproduction,
donc, au couvent, alors…
-
Alors, tu as…
-
Oui, j’ai…
-
Bien. Pas de
détails.
-
Ecoute, Papa. J’ai
une idée. Si on faisait tomber des « zoupsonnes »
sur…
-
Sur ?
-
Bah. Sur M. Saccappus, « l’idjette »
du…
-
Bien. Voilà une fort
bonne idée, fils. Mais… comment faire ?
-
Voilà… on pourrait
cacher un drap de lit, une lanterne, et un bâton…
-
Ainsi qu’une Sainte
Bible, et une corde…
-
Oui… sous le matelas
de Monsieur Saccappus. Puis…
-
Puis ?
-
Puis… on pourrait
faire parvenir une lettre « amonytte »…
-
Anonyme…
-
… au maire, et…
-
Suffit.
Rédigeons-la.
Et :
« Monsieur le Maire de Ripatouille,
je suis une des religieuses, ayant eu un enfant par Jésus (le faux). J’ai
reconnu la voix de Monsieur Saccappus, votre adjoint,
et suis certaine qu’on retrouverait, dans sa chambre,s
on déguisement… Je ne signe pas, sinon, pour une pauvre religieuse, quel
scandale… Sœur… »
Le lendemain, le Maire entrait en possession de la lettre, et allait
à la gendarmerie, pour faire arrêter M. Saccappus.
Tout le peuple (de Ripatouille, de Ripatouille) se massa sous la fenêtre de M. Saccappus…
-
A mort, à mort Saccappus. A mort.
On découvrit chez le pauvre Monsieur Saccappus
une corde, une bible, et un drap de lit ; la lanterne, elle, était dans
son bureau. Le Fou avait réussi à introduire tout cela dans la chambre de
Monsieur Saccappus, en balayant.
Et le « Ripatouillien », de
dire : Le faux Jésus démasqué.
C’était un adjoint du maire. Voir nos informations en page 3.
Et, en page 3 : LE FAUX JESUS.
« Avant-hier, cinq religieuses apportaient une nouvelle
extravagante : « un faux Jésus était venu leur faire des enfants et
toutes les religieuses en auraient eu, si le faux Jésus, dans la nuit
d’avant-hier, n’était allé chez une sœur, ayant à ce moment la visite d’une de
celles ayant eu des enfants, Sœur Pohiette. Ce matin,
Monsieur le Maire de Ripatouille du Sanglier recevait
une lettre anonyme, qui, semble-t-il, vient d’une des Sœurs ayant eu des
enfants, et qui accusait Monsieur Saccappus, qui
avait pourtant une bonne réputation »…
LE PROCES.
Accusé : Monsieur Saccappus, adjoint-Maire de Ripatouille du
Sanglier.
Accusant(e) : Abbesse de Ripatouille
du Sanglier, Mère Soviétte.
Le juge : Monsieur le Maire de Ripatouille.
Avocat de Monsieur Saccappus : le
sien, Maître Jean-Ri Gaule.
Avocat de Mère Soviette : le sien,
Maître Pierre-Alain Vieillard.
Les jurés : cinq brigadiers, Monsieur et Madame Le Fou. Le Fou.
Un autre.
Le bourreau, toujours prêt à faire son office : c’est le
chapelain du village d’à côté…
Le juge : Je déclare l’audience ouverte. Accusé Saccappus, je vous accuse…
Avocat de Saccappus : Fausse
accusation… Car, comme le dit…
Le juge : Silence, ou je fais évacuer la salle… Bien. Accusé Saccappus, je vous accuse, d’…
Le bourreau : Au nom de notre père à…
Le juge : Monsieur le Cur… le
bourreau, je…
Le Cur… (euh, non,
le bourreau) : Bien. J’ai compris. Je ne dirai plus un mot. Mais dépêchez.
J’ai un messe à donner.
Le juge :
-
Bon. Accusé Saccappus, je vous accuse d’avoir fait, sous l’habit de
Dieu, des enfants à des religieuses. Qu’avez-vous à dire pour votre
défense ?
Monsieur Saccappus :
-
Je suis
innocent. On a introduit ces objets dans
ma pièce. Je n’ai rein d’autre à dire. Rien.
L’avocat de
l’Abbesse : Vous voyez : il nie… Il est coupable. A mort.
L’auditoire : A mort.
A mort.
Le juge : Silence (le
silence se rétablit). Maître Vieillard, parlez…
Maître Vieillard :
J’accuse cet homme, impie, et indécent, d’avoir porté offense à des religieuses
pieuse, pures, et saintes. Saintes, oui. Mais pas enceintes. Saintes,
seulement. Cet acte est une lâche impureté, une…
Le juge : Bien.
L’accusé n’ayant pu se défendre, n’ayant pas d’alibi, je…
Monsieur Saccappus : Je fais appel. Je suis innocent.
Le juge, à
l’huissier : Vous pouvez évacuer la salle. (Au curé) Vous, allez donner
votre messe.
Le Bourreau : Amen.
[Commentaires (2008) : si je suppose que le nom de « Jean Ri-Gaule » pouvait être une allusion au général De
Gaulle (président de la France en 1969, au moment où j’écrivais ce texte), s’il
est évident aussi que « mère Soviette » (ou
« Soviétte », sic) est une allusion aux
« Soviets » (et donc à Tintin au Pays des Soviets, qui était à
l’époque une de mes lectures), j’avoue en revanche qu’il m’est impossible de me
souvenir pourquoi diantre j’avais appelé un avocat « Pierre-Alain Vieillard ».
Il se pourrait cependant, mais je n’en sais rien, qu’il s’agisse ici d’un des
rares et brefs ajouts postérieurs à 1969 ].
L’APPEL.
Le juge : Accusé Saccappus, une
nouvelle fois, qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
L’avocat de Monsieur Saccappus : Il a
à dire, sauf votre honneur, qu’il est innocent, et qu’il h’a rien à faire ici,
sinon de répéter « je suis innocent » et « ce n’est pas moi qui
ai mis le bourdon, la Bible, et le reste dans ma chambre ».
Monsieur Saccappus : Je peux aussi
dire que, une fois mon… coup fait…
L’avocat de l’abbesse : Il avoue… il avoue…
Monsieur Saccappus : Non… je continue…
une fois mon coup (prétendu) fait, et démasqué, pourquoi aurais-je mis les
affaires du crime…
L’abbesse (souriante, voix approbatrice, et insinuante) : Aaaaah… tu as donc fait un « crime » ????
Le juge : Laissez l’accusé parler, mère…
Monsieur Saccappus : Merci. Donc, une
fois mon « prétendu crime » fait, j’aurais eu intérêt à me
débarrasser de mes affaires… Or, si l’on s’en réfère à ce que le bourdon, et le
reste, était dans ma chambre… (Puis, après un moment) Donc, plutôt, il se
pourrait…
L’abbesse : Vous voyez : il en doute…
Monsieur Saccappus : …. Il se pourrait
que ce quelqu’un les ait introduites, ces affaires, et…
Monsieur Le Fou : Suffit. Il divague. Cet homme est fou… il va
nous accuser, comme je le vois. Enfin, nous avons assez de preuves. Il FAUT
venger les pauvres religieuses. Enfin, Messieurs… c’est lui, il n’y a aucun
doute…
Le juge : Suffit. Messieurs les jurés, délibérez.
Les jurés partent, puis reviennent. Voici, exactement, comment cela
se passa dans la chambre où ils se retirèrent.
Monsieur Le Fou : J’ai décidé. Il est coupable, et odieusement.
Madame Le Fou : Itou pour moi.
Le Fou : Idem pour moi.
Les autres jurés : Il paraît sincère… peut-être une demande…
Les autres : Non. Il est innocent.
Le juré : Bien. Croyez ce que vous voulez. IL EST INNOCENT.
Ils reviennent dans la salle du jugement.
Les jurés (quatre d’eux) : Il est innocent.
Monsieur, Madame, et Fils Le Fou, un juré : Il est coupable.
Un juré : Votre honneur, il ne me paraît pas innocent, mais dire
qu’il est coupable, ce…
Le juge : Innocent, ou coupable ?
-
Eh bien, à choisir,
coupable.
Le juge : Le jury a
délibéré : l’accusé est déclaré coupable. Bourreau, fais ton office.
Le bourreau : Ah, mon
office religieux, c’était…
Le juge : Pends-le.
Le bourreau le pend, puis
il enlève son habit de bourreau, s’habille en curé, et :
-
Meurs en paix,
repose ton âme, je te donne l’absolution, et tout le patati…
Puis, tranquille, il va
faire une messe.
Les Le Fou préférèrent
reprendre leur fils.
Le matin, les parents
décidèrent d’apprendre un métier à leur fils…
-
Ni moine, ni
balayeur, mais il faut trouver.
-
… un métier…
-
…propre…
-
sans femmes…
-
…ni religieuses…
-
…pas castrées…
-
Oui…
-
Mais…
-
Quoi ?
-
Ben…
-
C’est-à-dire…
-
Que…
-
Je…
-
Tu…
-
Je…
-
Tu ?
-
Mais silence. Et
n’ouvre plus la bouche, avant que je te le permette.
-
Oui.
-
Voilà. Il faudrait
lui apprendre un métier… Tu es d’accord ?
-
…
-
Tu es
d’accord ?
-
…
-
Mais parle… Enfin,
vas-tu parler ? Alors, parle… (voix tonitruante, forte, etc.)
-
Je ne peux pas
parler avant que tu me le permettes (air dédaigneux et moqueur). J’attends ta
permission.
-
Enfiiin… tout ce qu’on voit… Bah… allez, je te donne la
permission de parler.
-
Oui, je suis
d’accord, pour répondre à ta question.
-
Bien. Je continue.
Il lui faudrait un métier.. ; sans femmes… Que
penses-tu de… forçat… ? Pas bête… Hein ?
-
Oui, c’est le métier
idéal… sans femmes… sans risque d’en voir… oui…
-
Mais… comment
devenir forçat ?
-
C’est simple… on va
casser la vitrine d’un bijoutier, et on laisse un bout de papier avec :
« Bijouterie. Le Fou ».
-
Tu oublies une
chose : c’est que nous sommes responsables de lui, et que…
-
Vache…
-
Ah. On ne peut même
plus aller en prison… je me souviens de ma grand-mère, marie de Vivières de Poisson, dite « cachesaixe »,
elle était allée avec son fils, mon frère, Pipitte de
Bruxelles, en Corse. Comme ils n’avaient plus de place, dans la ville « où
qu’y zétaient », dans les hôtels, ils ont
demandé aux Carabinieri (c’est cô
ça qu’ça qu’on dit la police, en c’bled-là,
d’les foutre en prison, pour dormir une nuit. Eh ben,
ces vaches-là, elles ont presque dit « merde », et puis, ces
vaches-là, elles ont foutu un coup de pied au cul à Pipitte
de Bruxelles, et à Marie, et puis, ils sont partis se coucher dans les
égouts : faut êt’e vache, dis… Même que, après,
Marie de Vivières de Poisson, qu’était pou’tant tout feu tout flamme, pour les Carabinieri,
eh ben, elle l’a plus été. Pas étonnant. C’est sa devise : « Tout
feu, tout flamme, mais… pas longtemps ».
[Commentaires (2008) : cet épisode s’inspirait lointainement de
faits que je venais de vivre, en 1969 (date de rédaction de ce texte), en Italie ].
-
Oui, bon. Mais… pour
en revenir au… métier ? Hein ?
-
Bien, bien. Si
Monsieur veut ignorer la police corse…
-
Pour moi, des
poulets, ce sont des poulets. Et la nationalité, « proutch » !
-
Ecoute. Cet enfant
commet des actes, mais ce n’est rien en comparaison de ce qu’il fera plus tard.
Il faut isoler cet enfant du monde. Aussi, j’ai une idée. Tu m’as dit que ta
grand-mère possède une île, en plein océan, en pleine mère des Sargasses, tu
sais, cette mer d’algues, hein ?…
-
Oui…
-
Eh bien, demande-lui
de nous la donner. Ainsi il sera en pleine mer, et il ne pourra partir à la
nage, ni en bateau, puisque les algues…
-
Mettons cette idée
au point.
[Commentaires (2008) : Le passage « Ecoute. Cet enfant
commet des actes, mais ce n’est rien en comparaison de ce qu’il fera plus tard.
Il faut isoler cet enfant du monde » est à mon avis des plus étonnants, et
des plus prémonitoires… ].
Et bientôt, une lettre
arrivait à Marie de Vivières de Poisson…
Chère Kikine (c’est l’un de ses nombreux surnoms),
pourrais-tu me donner l’île qui t’appartient, dans la mer des Sargasses ?
J’y enverrai mon enfant, qui est… malade, et a besoin d’air.
Réponse de Marie de Vivières de
Poisson : Ma chère Olivia, Hélas ! Ton fils est malade… Dieu…
Est-ce grave ? Réponds vite, je meurs d’angoisse.
Madame Le Fou, de répondre :
Chère Cachesaixe (c’est un de ses nombreux surnoms), la maladie
de mon fils n’est pas grave, mais il a besoin d’air. Veux-tu me donner ton
île ?
Sur quoi, Marie de Vivières de Poisson, de
répondre : Dieu… Dieu… la maladie de ton fils n’est pas grave… Quel
bonheur… Merci de m’avoir si vite répondu !
Alors, Monsieur le Fou :
- Dis, Olivia. Ta Bobonne, là, elle remercie, elle a peur, etc. Mais
de l’île pas un mot.
Madame Le Fou :
- Ben… tu sais, cette femme-là, elle s’est mariée huit fois, a eu
deux enfants (moi, et Pipitte de Bruxelles),
préférait aller au rendez-vous de son aimé avec une fracture du crâne, que de
ne pas y aller, alors…
Monsieur Le Fou : Récris-lui.
Chère Kikine, Mon fils, qui a besoin d’air,
m’alarme, par sa santé. Pourrais-tu me prêter ton île ? Ta petite Olivia.
La réponse :
Chère Olivia, je souhaite que tu ailles bien, ainsi que ton fils (et
sa santé ?), en passant par ton mari… PS : Ah ! J’allais
oublier… Ma voisine tricote splendidement…
Monsieur Le Fou : Plus rien à essayer.
Madame Le Fou : Si. Je vais encore essayer.
Kikine, l’île. L’île. Acceptes-tu de me la prêter ? Prêter. Prêter.
L’île. Me prêter. Me prêter l’île. A moi. Moi. Moi. Me prêter l’île.
Comme réponse, les Le Fou reçurent ceci : Chère Olivia, moi,
te prêter une île ? Laquelle ? Le Mont-St-Michel ?
Oléron ? Les Baléares ? La Corse, la Sardaigne ? Peut-être la
Crète ? Ah… serait-ce Chypre ? Mais ces îles ne m’appartiennent pas.
Je ne peux te les prêter. Moi, j’ai juste une petite île. Ta Kikine.
Madame Le Fou écrivit :
Kikine, acceptes-tu de me prêter ton île ? Ton île. Ton île. Ton île.
Me la prêter. Oui ? Olivia.
Marie de Vivières de Poisson
répondit : Olivia, au revoir. Je pars au Tibet, dans les monts du Nincph Pho Nock.
Je reviens dans six ans. Ne m’écris plus, ici. Cela se perdrait. Bonne santé.
Marie de Vivières de Poisson.
-
Bien. Pour l’île,
c’est foutu.
-
Mais…
-
Il faut trouver
autre chose…
-
Oui. Quoi ?
-
A toi de trouver.
Sans moi, tu n’aurais pas d’enfant.
-
Et alors ?
-
Dis donc, vicieuse.
-
Assassin.
-
Folle.
-
Spaghetti.
-
Langue de
bœuf !
-
Côtelette d’agneau.
-
Rigolo.
-
Rigolote !
-
C… (censure)
-
Crétin.
-
Crétine.
-
Va donc.
-
Analphabète.
-
Va donc voir aux
calendes, si j’y suis.
-
Ta … (censure)
-
Pouh… là, là, là, tu
vas voir. Sans…
-
Va t’coucher.
-
Avec toi ? Tu
dormiras dans la cuisine.
-
Fada.
-
Fille de folle.
-
Oui, c’est juste,
elle est folle.
-
Tu avoues.
-
Va dehors.
-
A la mairie :
pour divorcer.
-
Tu m’abandonnes…
-
J’t’abandonne
pas, mais boucle-la.
-
Tu donnes des
ordres.
-
On obéit au maître
de maison.
-
De quoi ?
-
Merde.
-
Zut.
-
Flûte.
-
Trombone.
-
Président de la
république.
-
Anarchiste.
-
Socialiste.
-
Fâchiste.
-
Va donc, royaliste.
-
Pour le P.M.U !
-
Quoi ? O.N.U. !
-
J’te dis…
-
Fils de crétine.
-
Ooooh.
-
Ici.
-
Crapule.
-
Gangster.
-
Al Capone.
-
Militaire.
-
Patricien.
-
Non au pouvoir.
-
Silence, démente.
-
L’égalité de l’…
-
Vas-tu la
fermer ?
-
Ah, soyez poli,
hein.
[Commentaires (2008) : l’orthographe « fâchiste »
est celle du manuscrit original de 1969 ; il y a peut-être aussi une
influence de mes lectures de Tintin (les injures du capitaine) ; enfin,
l’allusion au « P.M.U. » demanderait de vérifier en quelle année le
P.M.U. a été créé ; il s’agit sans doute d’un ajout postérieur à 1969 ].
Quand cette chaude dispute fut finie, chacun alla se coucher, Mais
Madame Le Fou força Monsieur Le Fou à « garder ses distances, dans le lit
commun ». Mais, le lendemain, la dispute était oubliée, et, dans le lit,
les nuits suivantes, on ne pensa plus à « garder ses distances ».
Mais les Le Fou cherchaient toujours un métier pour leur garnement.
-
Une fois pour toutes, quel métier…
-
Durable…
-
…propre, et sans
religieuses…
-
…non castrées…
-
peut-on lui…
-
choisir ?
-
Enumérons. Nous
avons essayé sonneur de cloches, balayeur, moine, et…
-
C’est tout.
-
Bien.
-
Ministre ?
-
Non.
-
Poulet ?
-
Poulet ?
-
Flic.
-
Ah, policier.
-
Eh bien ?
-
Non…
-
Musicien ?
-
Oui. Comme les
grandes gloires musicales…
-
Jeanne Resueur…
-
Rogette Baurdinette…
-
Jacques Legranus…
-
Xavette Pilote…
-
Annette Broelle…
-
Aaaaah… ces gloires…
-
Musique ! Musiqueuh… Musique… Aaaaah…
[Commentaires (2008) : ces noms étaient formés, pour la plupart,
sur ceux de mes enseignants de solfège, de piano et de violon de 1969… ].
-
Tu oublies une
chose…
-
Quoi ?
-
C’est qu’il lui faut
une vie sans femmes. Or, musicien…
-
Oui… Alors, comme
métier…
-
Peintre ?
-
Ph… F… Ben…
-
Accoucheur…
-
Je ne sais… si…
-
Passons.
-
Quoi, alors ?
-
Président de la
République ?
-
Trop bête pour lui…
et… il lui faut un métier digne de lui… non, pour lui, être « ça »,
non… il est trop intelligent pour faire ce métier idiot. Il voit plus haut.
Disons qu’il aspire à de plus hautes destinées…
-
Bon, bon…
-
Trouve encore des
métiers…
-
Journaliste ?
-
Pour être
journaliste, il faut savoir écrire…
-
Euh…
Bibliothécaire ?
-
Intéressant. On pourrait
essayer.
-
Mais non. Il ne sait
ni lire, ni écrire, alors…
-
Hélas…
-
Mais trouve un
métier, toi aussi…
-
Chômeur ?
-
Oui. A part
cela ?
-
Clochard ?
-
Oui, c’est cela… et…
tu n’as pas une autre idée ?
-
Non.
-
Tu n’as pas beaucoup
d’inspiration…
-
Dis donc.
-
De quoi ?
-
Attention, hein.
-
Des menaces ???
-
Je te conseille…
-
Je n’écouterai rien
d’une idiote comme toi.
Ils montent se coucher,
séparément, et « gardent leurs distances ».
[Commentaires (2008) : ici, dans le manuscrit original de 1969,
un passage manquant d’environ 16 répliques ].
-
…….. roi.
-
Ecrase.
-
Au lieu de
m’insulter, tu pourrais trouver un métier à ton fils.
-
Ah, Marie de Vivières de Poisson, mon illustre grand-mère, elle me
l’avait bien dit, que je ne devais pas épouser un…
-
Du calme. C’est toi
qui as commencé, non, à me dire, comme à un chien :
« Monsieur » ?
-
Eh bien… Monsieur
voulait que je dise « Monseigneur », « Sire », « Sa
Majesté », « Sa grandeur », non ?
-
Je voulais que tu
dises : « chéri », « mon roucoucou »,
« ma culotte amoureuse », mon « colibri », et…
-
Ah, suffit !
-
Je t’ordonne…
-
Tu n’as…
-
Silence.
-
De quoi ?
-
Je vais te ti…
-
Des menaces ?
-
Goujate.
-
Goujat.
-
Voyou.
-
Voyelle.
-
Oh, que c’est drôle.
-
‘spèce
de…
-
Tire la chasse
d’eau, et…
-
Mamma mia, comme disait mon
grand-père, l’illustre docteur René Rihouette.
[Commentaires (2008) : ici, de nouveau, il y a un ajout
postérieur à 1969 puisque ma grand-mère, Marie de Vivier, épousa le docteur
René Rihouëy en 1973… ].
-
Ouh, là, là.
-
Et il se plaint, en
plus.
-
Dieu, puniras-tu cet
insolent ?
-
Mahomet, seul
prophète, prie Allah, le Grrrand, pour qu’il punisse
cette insolente.
-
Ah, ah, ah, il est
mahométan, et baptisé chrétien… Ah, ah, ah.
-
Elle me…
(Ils s’éloignent, en se maudissant, et ne se disent
plus un mot, pendant toute la journée). La nuit, Monsieur Le Fou, s’approchant,
Madame Le Fou, d’une baffe (et elle sait les donner), l’envoie rouler au bas du
lit).
-
On chasse son mari
du lit commun, qui a vu…
-
Va coucher par
terre.
-
Moi ?
-
Oui, Monsieur.
-
Ecoute, petite, tu
sais, si… (voix hypocrite, douce, etc.)
-
Va coucher, te
dis-je.
-
Oooooh.
-
Bien, demain, tu
coucheras dehors.
-
Petite culotte…
-
… rien du tout.
-
Si, un tout petit
peu…
-
Un rien…
-
Va coucher.
-
Avec toi ?
-
Non. Dehors.
Cette dispute continua tous les matins, jusqu’au jour où Madame Le
Fou décida d’écrire un roman.
-
Bonjour, chéri…
-
(à part, très vite)
Quoi ? Chéri… Plus « monsieur » ? Bonjour, chérie.
-
Dis, mon petit,
voudrais-tu que je te dise ?
-
Si ça n’est pas de
s…
-
Bien. Veux-tu te
réconcilier ?
-
On ne gardera plus
nos distances ?
-
On ne gardera plus
nos distances.
-
Promis ?
-
Promis.
-
Alors, je veux bien.
-
Je vais te
dire : je vais écrire un livre.
-
Sur quoi ?
-
Tu vas m’aider à le
trouver.
-
Sur moi ?
-
Tu es trop sale.
-
Hum, bon. Sur Marie
de Vivières de Poisson ?
-
Pas intéressante.
-
Sur… les
chats ?
-
J’éternue quand je
vois un chat, alors…
-
Les chiens ?
-
Non.
-
Sur… Je ne sais…
euh…
-
J’ai trouvé, sur mon
fils.
-
D’accord.
-
Un titre !
-
Quoi, un
titre ?
-
Trouve un titre.
-
« Dégoûtations ».
-
Non.
-
« Cochonneries ».
-
Non.
-
« Choses ».
-
Non, et non.
-
« Atrocités ».
-
Non.
-
« Le
moine ».
-
Non. J’ai
trouvé : « Divers ».
-
En effet, le sujet
est divertissant.
Madame Le Fou écrivit « DIVERS », ce livre m’étant tombé
sous la main, je le résume. (Il ne faut pas oublier que c’est une paysanne qui
écrit « DIVERS »).
Manuscrit.
« DIVERS ».
« MON FILS ».
Préface.
Dans ce bouqu « ain »,
je vais, par la foi de ma grand-mère, vous raconter comment qu’c’est
qu’mon fils, il a fait certaines choses…
Chapitre 1.
Voyez-vous, M’sieurs Dames, un jour, un bonhomme, même qu’il est
professeur, directeur, et tout et tout (un savant, quoi) y est venu ici, pour
me voir, car comme y passait par là, y s’est dit : J’vas aller les
fricoter, un peu. Et c’type, y joue du violon, mais
faux, faux, qu’on croirait entendre une dame de ma connaissance, Eglantine Legranus. E’ ben, j’dis à mon
fils : « C’type-là, y joue tellement faux, qu’au moment où qu’c’est qu’y joue, on s’dirait
qu’il y a tous les chats du monde, y miaulent, à la fois ». L’prof, là, y
dit : « J’vas vous jouer un air ». Alors mon fils, voilà qu’y
dit : « maman, elle dit qu’vous jouez faux,
comme tous les chats du monde, j’vas t’y voir si
c’est véritablement la vraie vérité.
Et puis, j’vas
vous raconter, comme qu’c’est qu’mon
fils, il a fait un gosse à sa sœur, avant qu’elle soit née… Vous savez, le 4
juin, y a ben du temps, maintenant, j’l’ai eu, c’gosse, et y l’était jumeau, avec une fille. Ben, quand
elle est née, la fille, elle avait l’ventre gros, et
ben, elle avait un bébé dans le ventre… faut pas
demander…
Et py, j’vas vous
raconter, comment qu’c’est qu’ce
petit, à huit ans, il savait raconter çâ qu’il avait
vu. Quand j’la repris de l’asile, y m’dit : « C’est marrant, à l’asile y a des gars,
y zont des converses marrantes ». Y m’a dit,
aussi : « J’vas te raconter une dialoguette »
(un dialogue). Et y s’met à m’dire :
« Y avait deux gars, et y parlaient comme ça ».
-
Ah, ah, ah.
-
Oh, oh, oh.
-
Ih, ih, ih.
-
Raa.
-
Aaaaaaah, aaaaaaah, aaaaah, je meurs.
-
Hihihi.
-
Crétin.
-
Ploutch.
-
Blub.
Et alors, y m’dit : « C’est pas
drôle, non ? Aaaaah, aaaaaah,
aaaah ». Eh ben, moi, j’pige
rien. Et vous ?…
Et puis, un autre jour, y m’dit :
-
J’peux vâr les albums de photosses ?
-
Oui, mais fais
attention.
Puis, peu après, je
regarde ce qu’il faisait : il gommait les photos.
-
T’es pas toc ? que je lui dis.
-
Mais, M’man, j’regarde ce qu’il y a en d’ssous.
Et puis, un jour, y s’enferme dans sa chambre, et il y reste toute la
journée… et y fait ça tout le temps… A la fin, on va voir c’qu’y
fait… Devinez… Hein ? Eh ben, moi, j’pige point,
encore… Il découpait des petits bouts de papier, et, sur chacun d’entre eux, il
faisait un petit signe… A côté de lui, il avait mis des photos de filles, et
j’ai reconnu la fille du boucher, Rolandine Bistèquaille. Par terre, il y avait un œuf pondu depuis
trois semaines. Et il criait : « Ah, ah, ah, ah, ah, ah ». Moi, j’dis : « Eh, fils, t’es maboul ? »
-
Je prépare un filtre
d’amour, y m’répond…
-
Au fou, au
fou ! qu’j’crie…
Alors, mon homme, il
arrive, et y dit :
-
Un filtre… Un
filtre… Au fou.
Et il a crié :
Abracadabra, petit dragon rouge, petit capuchon.
J’ai fait une
réflexion : « Aussi fou qu’son fils, cet
homme-là ».
Maint’nant, encore une chose sur la voisine. Elle m’a raconté, vous savez, un
jour, une histoire. Son grand-père (à elle), il était conventionnel. Il s’nommait le docteur Luvivier. Eh
ben, il aurait divorcé, si sa femme, elle avait point demandé la permission des
se coucher, d’écrire, de respirer, y paraît que tout, elle d’vait
d’mander. Et py, c’qui est drolatique, c’est qu’un jour, elle a dit :
-
J’demande la
permission de demander la permission.
-
Accordé, il lui
répond.
-
Merci. Je demande la
permission de… divorcer.
-
Non accordé.
Pas drôle ??
Puis, une aut’fois, mon mari, y rentre en
courant, et y m’dit : Merde. C’est Pâques, et
l’Curé, il est crevé. Pas de Curé. Le chemin qui mène à la ville est effondré.
Et les villageois veulent une messe. Ils m’ont dit : celui qui a le plus
servi à l’église, ici, c’est ton fils. Y disent : « Il a été sonneur
de cloches, et moine ». Et ils le veulent. C’est catastrophique !
Le Fou a tout entendu, et dit :
-
On va s’marrer ! Ah, ah ! J’y vais, P’ppa !
La messe commença…
Le Fou, voulant faire un
scandale, dit :
- Mes fils, cette messe de Pâques, nous la célébrerons comme Dieu me
l’a dit. Il m’a dit : « Mon fils, cette messe devra être une
joie ; apportez du vin, de la bière, du pain frais, des tartes, du poulet,
et des mets de premier choix sans oublier champagne et gâteaux ». Puis, il
m’a dit : « Tous, sauf le prêtre et sa famille, se déshabilleront, et
les jeunes filles, une à une, danseront sur l’autel ». Puis, encore, il
m’a dit : « Faites sonner les cloches, pendant toute la messe. Puis
buvez un verre à votre santé, après avoir recouvert d’argent le prêtre ».
La messe se déroula ainsi… ; les plats se succédaient, on
dansait, on criait, les cloches sonnaient, etc. Le lendemain, chez Le Fou…
Le Fou, Madame Le Fou, Monsieur Le Fou.
-
Pas mal, hein.
Recouvert d’argent, aaaah… On est riches. J’suis un
bon prêtre, hein ?
-
Riches. Riches.
Riches ! Et ben…
-
Oui… mais, vous
savez, c’est ennuyeux, mais on a commis un péché… on est entré à l’église sans
faire un signe de croix… hein…
-
Oui… Ecoute, du
calme.
-
J’suis riche.
-
Nous sommes riches.
-
C’est moi qui ai
gagné le fric !
-
Toi ?
-
Moi.
-
Un enfant n’a pas
besoin d’argent.
-
Oui…
-
Hein ?…
-
Mais c’est moi…
-
Silence.
-
Je…
-
Silence…
-
Je…
-
Je sais. Tu me
donnes l’argent.
-
Je…
-
J’ai compris.
-
Je te…
-
Tu me… ?
-
Aaaaah…
-
Rebellion ?
-
De quoi ?
-
Des insultes ?
-
Des menaces ?
-
Du calme, mes
enfants, on se partagera l’argent, dit alors Madame Fou. Avez-vous vu,
hein ? Pas mal, mon fiston… Prêtre !… et… original… très…
Et tandis que madame Le Fou écrivait DIVERS,
Monsieur Le Fou, jaloux, décida d’écrire HISTOIRES DROLES. Le manuscrit ne
résista pas au temps, mais un chapitre est resté intact ; c’est le
premier…
Chapitre 1.
J’vas vous raconter une histoire : une vraie. Quand il était
jeune, un ami de la grand-mère de ma femme, il était médecin. Un caporal, il
vint l’voir, et y lui dit :
-
J’ai une bronchite
capillaire.
-
Aaaaaah ! (air désolé)
-
Oui.
-
Vous toussez ?
(air compatissant)
-
Non.
-
Ah ! (Air
étonné). Vous avez des difficultés pour respirer ? (Air certain, et fort
compatissant).
-
Non, non !
-
Ah ! (Air de
plus en plus étonné) Vous avez des douleurs au
côté ?
-
Non plus.
-
Dites.. ; euh… savez-vous que la bronchite capillaire est
une maladie très grave, et que vous vous portez le mieux du monde ? Que
ressentez-vous exactement ?
Puis :
-
Oui, votre état
n’est pas alarmant… du tout… Allons, que ressentez-vous exactement ?
-
Ma foi, rien !
Mais depuis trois mois, je perds tous mes cheveux. (Air bête, et affolé)
-
Votre nom ?
-
Lerouge… Caporal Lerouge.
-
Caporal Lerouge, sachez que vous avez besoin d’une potion
capillaire, et de trois grains d’ellébore. Et que vous n’avez pas une
bronchite, la bronchite étant une maladie pectorale, du sinus, etc. et que…
-
Merci… Je vous
dois ?…
-
Rien, un brave
soldat doit garder son argent, je ne le lui prendrai pas.
-
(à part) Homme
généreux ! (Haut) Merci, merci, je n’avais pas d’argent !
Et il sortit, en saluant
bien bas, et en claquant bien fort la porte.
Chapitre 2.
« Je suis,
maintenant, par la parole de notre chef, le célèbre, et l’illustre général Vazydonque-toiemême, assuré de vivre. Mourons ! »
Le caporal, à quelques
doigts de la mort, prononçait ces paroles, et un vieux sergent cria :
« Qu’y-z-y viennent, et… »
A partir de là, le temps
perdit, sépara le roman – mieux que celui de Madame Fou, mais… ne lui dites
pas ! – de Monsieur Le Fou, et nous ne saurons jamais la suite des paroles
du vieux sergent.
Mais revenons au manuscrit de Madame Le Fou. J’vais vous
dire… que… j’n’ai rien à vous dire, alors, j’vas me coucher…
Note de l’auteur : le
manuscrit de Madame Le Fou est moins bien que celui de Monsieur Le Fou.
Ici, le manuscrit de Madame Le Fou s’est perdu.
Nous allons repasser à la vie des LE FOU.
Un jour, les Le Fou reçurent une lettre, que
voilà…
« Chers tous, je vous invite à Maillan. C’est en montagne, et vous ferez connaissance avec
de gentils gardiens de vaches ! Venez ! Votre ami, S. Taboullain ».
Hélas, Monsieur Le Fou et son fils ne pouvaient y
aller, l’un malade, l’autre devant réparer la maison. Mais Madame Le Fou y
alla, et y fut accueillie par son ami Taboullain,
qui, une fois les amabilités faites, dit, gravement :
- Hélas… je dois partir pour l’étranger ce soir… Mais tu auras de la
compagnie, au village. Tiens, ce papier t’expliquera tout… Au revoir ! ma diligence est là.
Le papier de S. Taboullain, le voilà…
« Maillan.
Village de 53 habitants, dont 50 vaches ; une buvette ; un
dortoir ; un lac. Poupulation : premier
habitant, le patron de la buvette, vacher, ivrogne ; deuxième habitant,
vacher, millionnaire, selon lui ; troisième habitant : ex-vacher,
ex-alpiniste amateur, gâteux. 104 ans. On ne peut venir de la ville qu’en
décembre, et on ne peut en repartir qu’en juillet ».
On était fin décembre… Madame Le Fou, et les 53 habitants du village,
étaient coincés sur le petit plateau de Maillan…
Madame Le Fou passa les journées les plus abominables de sa vie !!! Juste,
pour vous l’expliquer, cette première soirée, au dîner.
-
Toi, belles
jambes !
-
Jambes de toi plus
belles que celles de vaches ! Toi, jolie vache !
-
Vous dormir avec je.
-
Montre tes jambes,
que je les touche.
Et le gâteux, de
répéter :
- Moi correct ! Moi
correct ! Moi correct ! Moi n’faire « ça » qu’aux vaches ! Quand
même ! Traire toi doit être passionnant… Moi pouvoir essayer ?
La pauvre Madame Le Fou se barricadait, se cachait,
criait :
-
Reculez,
rustres !
-
N’approchez
pas !
-
Rustre !
-
Goujat !
-
De la
politesse !
-
Je me
plaindrai !
-
Rhabillez-vous !
Vous êtes indécent.
Et, rentrée chez elle,
elle ne répondit aux questions qu’on lui posait que par :
-
Fiston, ils sont
plus sales que toi ! Tu es un ange, en comparaison à eux ! Toi, tu as
beau faire des actes, tu es quand même plus propre.
-
Ils sont sales,
alors ! répondait le fils. Car pour être plus sale que moi…
Madame Le Fou dit
aussi :
-
Une femme heureuse,
là-bas, ce serait Marie de Vivières de Poisson !
Ainsi finit l’aventure de Maillan…
Mais, un an après, une lettre arrivait à Sarignot ;
elle était destinée à la famille Le Fou… La voici : « Chers tous,
je vous invite à Franye, à la campagne : vous
passerez des vacances magnifiques ! Vous serez seuls dans une ferme,
isolée dans la campagne. Il y a un grand champ ! Venez. (La région est
célèbre pour ses vaches). S. Taboullain ».
[Commentaires (2008) : je n’exclus pas que le passage qui
précède soit (lointainement) inspiré par l’un des séjour que je fis en Suisse,
à l’époque, dans un village de ce pays où ma mère et moi avions réellement
rencontré des vachers (qui s’exprimaient dans un dialecte, sans doute
germanophone, que j’ai essayé de « restituer » ici). Ce qui est absolument
certain, en revanche, est que l’épisode qui suit est inspiré par un très bref -
et, pour moi, déplaisant - séjour que je fis, en 1969, dans le village français
de Fragny (ici : « Franye »),
chez une dame artiste amie de ma grand-mère, Madame Grémillot-Cadet ;
comme d’habitude, dans la réalité, je « brouillai » ma grand-mère
avec cette dame et le mari de celle-ci ; je rappelle, par ailleurs, que
j’eus la chance de ne pas être scolarisé, ce qui signifiait que j’avais pu me
déplacer à mon gré, sans « obligations scolaires », en cette année
1969, aussi bien en Italie qu’en Suisse et qu’à Fragny,
etc.].
Madame le Fou :
-
Hum ! Je n’ai
pas tellement envie d’y aller…
Monsieur Le Fou :
-
Pourquoi ?
Madame Le Fou :
-
Ben… Il y a… des
vaches…
Monsieur Le Fou :
-
Et alors ?
Madame Le Fou :
-
Il y a aussi… des v…
vachers ?
Monsieur le fou :
-
Sans doute !
Et… ils te font peur ?
Madame le Fou :
-
Oui… à Maillan, ils n’ont pas été corrects.
Monsieur Le Fou :
-
Avec… toi ?
-
Oui.
-
Tu m’avais dit que
tu t’étais amusée. Alors ? Allons ! nous irons à Franye !
Madame Le Fou :
-
Bien.
Ils partirent, et
arrivèrent à Franye.
Arrivés à la ferme, ils vont se coucher… Mais, le matin, ils
s’aperçoivent qu’il y a des insectes partout ; dans les tiroirs, dans les
bouteilles, sous les meubles, dans les casseroles, dans l’évier, etc., et, qui
plus est, qu’il y a des rats, des chauve-souris, des punaises, des cloportes,
des cafards, etc.
-
Il faut chercher des
gens !
-
Oui.
-
Reste là, je vais
chercher les vachers…
Les vachers arrivés, une
conversation s’engage…
-
Qu’est-ce que vous
voudriez qu’on fasse ? Vite,
hein ! Nous, on a nos vaches à rentrer !
-
Tuez ces insectes,
répond Monsieur Le Fou.
-
Dans le
jardin ?
-
Non… Dans la maison.
-
Eh ben ! Louis,
t’entends ça… dans la ferme à Grémillot-Padette !
Ah, ah, ah ! Vous êtes point au courant, monsieur ?…
-
Non… non…
-
Eh ben, Mon Sieur, c’te ferme, elle appartenait à une vieille bigote, qu’elle s’nommait Marrionne Grémillot-Padette. Eh bien, c’te
bigote, elle était sorcière ! Et ces insectes, elle les élevait. Moi, j’veux point les tuer, car j’veux
point entrer dans la maison de Padette ! Si on y
entre, y a un mauvais sort. Mais… dites… vous m’aviez dit que vous aviez un
gosse, puis une vache… euh… une femme… J’vois le gosse, mais… où est la v… euh,
la femme ?
-
Ma femme ? Ah,
elle est cachée, sous l’arbre là-bas. Oh ! Florentine-Olivia !
Viens !
-
Pou’quoi la vache… euh… la femme du Monsieur, ell’ se cache ?
-
Euh… pour rien.
-
Mais… savez-vous
être jolie, jolie vache ? Hé, Louis, va chercher les autres.
Les « autres »
arrivent.
Madame Le Fou, Monsieur Le Fou, petit Louis, Gros Jean, Marcel-Etienne.
Petit Louis : - C’est-y-pas, qu’elle est jolie ?
Monsieur Le Fou : -
Quoi ? Ma femme…
(Il est assommé par Marcel-Etienne).
Gros Jean : - Elle
ferait bien, dans l’étable !
Marcel-Etienne : - Elle est pour moi.
Louis : - Pour moi.
Gros Jean : - C’est
moi qui l’ai vue le premier.
Petit Louis : - C’est
moi.
(Ils se battent, et Madame Le Fou, son fils, et son mari, se
barricadent dans le grenier, avec des provisions).
Monsieur Le Fou défend l’entrée de la fenêtre, et son fils
l’escalier : les vachers, ayant décidé de « se partager » Madame
Le Fou, ils attaquent la maison, en criant :
-
Pour nous, la belle
vache !
-
Pour nous, la petite
Madame !
L’attaque des vachers pour Madame Le Fou.
-
Nous vouloir belle vache !
Monsieur Le Fou :
-
Jamais ! Elle
m’appartient !
-
Pas pour
longtemps ! Toi pas assez beau bœuf pour cette vache-là !
Monsieur Le Fou :
-Essayez de monter !
Le bœuf sait ruer !
-
Moins que
nous !
-
C’est à voir !
répondit Monsieur Le Fou.
Les vachers, après quelques attaques, firent le blocus. La nuit, nos
héros eurent une conversation.
-
On est bien, avec
ces vachers.
-
Oui.
-
Je l’retiens, avec ses invitations, ton Taboullain !
-
Eh… je t’avais dit…
-
Oui. Silence, ou je
te livre !
-
…
-
Bien. Quand même,
que faire ? Nous ne pouvons nous éterniser ici !
-
Ben…
-
Il faudrait avertir
des gens.
-
Oui. Mais…
comment ?
-
Là réside le
problème.
-
Ecoute ; il n’y
a qu’une seule solution !
-
Laquelle ?
-
Crie comme une
chipie, comme tu sais si bien le faire. Pique une crise de démence. Pousse des
cris lugubres : fais exactement comme lorsque tu te mets en colère ;
je me charge du reste.
-
Imbécile. Aaaaaaaaaaaaaaaaah ! Ma mère m’avait bien dit de ne
pas t’épouser. Crétin. Sale homme. Hurluberlu ! Aieaieaieaieaie.
Fou ! Ahlàlàlàlà ! Huhuhuhuhuhuhuhuhuh !
Avorton ! Sale poubelle ! Immondice ! Crapule !
Canaille !
Alors Monsieur Le Fou, selon son plan, crie, à le fenêtre :
- Oh ! Vous autres ! Vous l’entendez
crier ! Quelle chipie ! je vous la
livre ! Personne ne devrait avoir une femme ainsi. Prenez-la, c’est de bon
cœur que je vous l’offre ! Ah, je vous la donne ; quelle chipie, elle
crie tout le temps ! Quelle folle !
Les
vachers se regardèrent, interdits…
- C’est vrai, Monsieur, elle crie tout le
temps ?
- Oui, sans arrêt ! dit Monsieur Le Fou.
- Elle a des crises ?
- Elle n’a que ça ! répondit calmement
Monsieur le Fou.
- Vous pouvez la garder, vot’
chipie ! répondirent les vachers.
- Oooooooh, non !!
Prenez-la ! Ne me laissez pas avec ce monstre furibard ! dit Monsieur
Le Fou pour persuader les vachers. (Puis, bas à sa femme) Crie de toutes tes
forces !
- Houlàlàlàlà ! Hiiiiiiiiiiiii iiiiiiiiiii !
Aieaie aieaieaie !
Holà ! Garagara garagara !
- Cela suffit ! dit Monsieur Le Fou…
Et ils rentrèrent à Sarignot !…
Un jour, les vachers
vinrent à Sarignot, et allèrent chez les Le Fou…
- Bonjour, Monsieur. Nous écoutons depuis
avant-hier les cris de votre vache… eh ben, elle n’crie
pas ! Vous nous avez dit qu’elle était démente… C’n’est
point vrai ! Voyez-vous, M’sieur, nous, à Franye,
on a un concours de vaches… alors, on aimerait la vôtre, pour le concours…
(Monsieur Le Fou pense : « Ah ! Ils sont un concours
de vaches, et ils ont choisi ma femme pour dire les noms des vaches, les
propriétaires, etc. Alors… S’ils ont corrects ! »)
Puis, haut :
-Serez-vous corrects, pendant le voyage ?
-
Oui, oui, clamèrent
les vachers.
-
Et après ? Et
pendant le concours ?
-
Oui !
Oui !
-
Bien. Ma femme peut
y aller.
Les vachers, et Madame le Fou partent, et arrivent à Franye… Ils sont très corrects pendant le voyage. Juste une
phrase incorrecte :
- Toi, quand même, bien
faire dans l’étable !
LE JOUR DU CONCOURS.
-
Mesdames les vaches
au départ.
Puis…
-
Je fais l’appel.
Vache 1 !…
-
Présente !
répond son propriétaire.
-
Vache 2 !…
-
Présente, répond son
propriétaire.
-
Vache 3 !…
-
…
-
Vache 3 !…
Dans l’assemblée, les
vachers :
-
Madame Le Fou,
allez-y.
-
Je ne suis pas une
vache.
-
Ici, c’est pareil.
Déshabillez-vous, et allez-y.
Sous la menace, Madame Le
Fou obtempère…
L’assemblée :
-
Une femme-vache !
Puis :
-
Une dernière fois,
vache 3 !…
-
Présente !
-
Le concours est
commencé ! Bien ! Epreuve 1 : les propriétaires sont priés de
traire leur vache ; la vache qui aura donné le meilleur vin sera déclarée
gagnante. Euh.. ; pardon, le meilleur lait… Du
vin, c’est moi qui viens d’en boire… Allez ! Et que le meilleur
gagne !
Peu après :
-
Les concurrents sont
priés de regagner leurs places…
Puis :
- Le jury, ayant délibéré,
déclare vainqueur la vache de l’heureux Aristote-Jean
Platonne, qui a donné cinq litres de vin… euh, de
lait… La deuxième, ayant donné trois litres de v… de lait, bat le record des
vaches de 59 kilos. Quant à la femme vache, elle n’a rien donné.
Classement : 1) Vache Roussette. 57 kilos. Aristote Jean Platonne. 2) Vache Bébelle. 58
kilos. Onésime Chapeau-Bas.
3) Femme-vache Le Fou. 80 kilos. Marcel Etienne, Gros
Jean, Louis. Bien. Demain, la deuxième épreuve…
Le lendemain…
- Deuxième épreuve. Je fais l’appel. Vache 1 !
-
Présente !
-
Vache 2 !
-
Présente !
-
Vache 3 !
-
Présente !
-
Bien. Que tous les
assistants prennent des lassos, à part les propriétaires, et qu’ils attrapent
les vaches. Celle qui résistera mieux sera première, et ainsi de suite…
Et à la fin de la deuxième épreuve :
-
RESULTATS :
première, la vache d’Aristote Jean Platonne ;
elle a résisté vingt minutes. Deuxième, la vache d’Onésime
Chapeau-Bas ; elle résiste trois minutes.
Troisième, la vache femme. Elle, n’a pas résisté. Bien ! Demain, la
troisième épreuve (et dernière). Ouf, c’est fini. Eh, aubergiste !!!!
Prépare-moi trois bouteilles de vin. Du gros rouge !
-
D’accord, Monsieur.
Sur votre note ? demanda l’aubergiste.
-
Comme d’habitude,
Léon !
La troisième épreuve.
- Chaque propriétaire enlèvera les poils de sa vache, et la vache
ayant rapporté le plus de poils sera déclarée vainqueur. Que le plus poilu
gagne !
Après l’épreuve :
-
Toutes les vaches
sont-elles dépoilues ?
-
Oui !
-
Bien. Qui est
premier, et qui est deuxième, nous ne le savons pas encore, mais la femme-vache, nous le savons, elle est troisième, car, dans
le seau qui renferme ses poils, je vois des petits fils informes ri-di-cu-les.
Au bout de quelques
instants, le jury :
-
Eh oui ! C’est
encore Aristote Jean Platonne qui a remporté ce prix,
suivi d’Onésime Chapeau-Bas.
Bien, je déclare le concours terminé ! A demain, pour la remise des
cadeaux !
LA REMISE DES PRIX.
Première, la vache d’Aristote-Jean Platonne.
Prix : pour le maître : un veau. Pour la vache : de l’avoine.
Deuxième, la vache d’Onésime Chapeau-Bas. Prix :
pour le maître, un veau. Pour la vache : un veau.
Troisième, la femme-vache des vachers. Prix : pour le maître, des
encouragements. Pour la vache : ses poils.
Ainsi se finit l’histoire des vachers, et du
concours de vaches… Et au retour de Madame Le Fou :
-
Tu t’es
amusée ?
-
Non !
-
Ooooooh ! (air fâché)
-
Viens voir :
tous mes poils sont partis…
-
Diiiieu !
-
Bon, sache que
là-bas, les vaches, ce sont les femmes. Alors, si on te propose un concours de
vaches, vas-y toi-même. Moi, j’en ai goûté… Ne me parle plus de ça. Bien.
Et on n’entendit plus parler de vaches, ni de
vachers.
Un
jour, Madame Le Fou, en allant à la messe, vit un panneau : LA MAIRIE DE
SARIGNOT LE ROI ORGANISE UNE PIECE DE THEATRE. TOUS LES ENFANTS DE SARIGNOT
PEUVENT PARTICIPER. SUJET : L’AMOUR A TRAVERS LES AGES.
Madame Le Fou :
-
Mon fils, faire du
théâtre ! Miracle ! Bénédiction ! Mon fils va faire du
théâtre ! Tralalala !
Elle va à la mairie.
-
Bonjour, Monsieur.
-
Bonjour, Madame…
C’est à quel sujet ?
-
A propos du théâtre,
là… J’aimerais inscrire…
-
(voix stridente et
horrifiée) Votre fils ? Non, hein ?
-
Mon fils, en effet.
-
Mais, si… vous
savez… le sujet… il…
-
Il est doué pour ce
sujet, et je l’inscrirai !
-
Mais…
-
Pas de mais !
-
Et… si…
-
Pas de si !
-
Bien, Madame…
Tout le monde savait bientôt, avec horreur, que le
petit Le Fou participait au concours, sujet : l’amour à travers les âges.
Aussi, dans les foyers… Chez les Leplat…
Gargousette Leplat : - Ma
fille, n’y va pas !
Balouchiste Leplat : - Oui, je
te l’interdis.
Sinonimette Leplat : - Mes
parents, pourquoi ?
Balouchiste Leplat : - Tu veux
que je te dise qui est le petit Le Fou ?
Chez les Pesler.
Roger Pesler : -
Infamie ! Le petit le Fou !
Digodonon Pesler : - Tu
n’iras pas, fiston !
Chastée Pesler : -
Pourquoi ?
Digodonon Pesler : -
Silence. Pas avec lui.
[Commentaires (2008) : ici, le nom de Pesler
était, à peine déformé, celui de mes voisins, en 1969, au 7, square des Aubades
à Marly-le-Roi… ].
Chez les Demerre…
Etoile Demerre : -
Tu n’iras pas.
Pelle Demerre : -
Oui.
Anémone Demerre : -
J’irai.
Pelle Demerre : -
Non.
Et chez les Le Fou.
Monsieur : - Tu vas faire du théâtre !
Madame : - Tu iras, hein ?
Le Fou : - Oui. C’est un sujet fabuleux.
LE CONCOURS.
Tous les concurrents ayant déclaré forfait, sauf
le petit Le Fou, je me vois dans l’obligation de lui décerner le premier
prix ; je le regrette, croyez-le ! Voici votre prix, mon garçon.
-
M’sieur !
-
… Oui ?…
-
Je veux vous parler
de l’amour à travers les âges !
-
Hélas !
Parlez !…
-
Il me faut un sujet.
-
Un… sujet ?
-
Pour la
démonstration.
-
Nous nous passerons
de démonstrations.
-
Bon. Voici mon
discours sur le sujet. « L’amour. Quel beau sujet ! L’amour est
une chose. Une chose… belle. Personne n’y résiste. Voici des exemples… Rhéa Silvia ! La vestale, fille de Numitor, et mère de
Romulus et Rémus. Amulius,
frère de Numitor, fit Rhéa Silvia vestale, sous
prétexte de lui donner une haute distinction. Comme le dit Tite-Live :
« Mais il fallait, ce me semble, que les Dieux intervinssent dans la
fondation d’une si grande ville et d’un Empire qui devait être le premier après
l’Empire du ciel. Cette vestale, victime d’un outrage, met au monde deux
jumeaux ; et, soit qu’elle voulût avoir moins à rougir de sa faute, soit
qu’elle le crût (comme on croit des choses…), elle désigne Mars comme père de
ses enfants ». J’espère avoir mérité mon prix.
-
Vous le méritez, si,
si ! Ouf !
Quelque temps après, madame Le Fou s’écria :
-
Nous allons lui faire
apprendre le violoncelle.
LA PREMIERE LECON.
-
Bonjour, Monsieur.
-
Bonjour, mon petit.
Allons, commençons… Voici le violoncelle que je vous prête ; en
prendrez-vous soin ?
-
Oui, monsieur, je
coucherai avec !
-
… hum hum ! Commençons. Voici comment on tient cet
instrument. Oui, entre les deux jambes. Mais… ? Pourquoi le frottez-vous
ainsi ?
-
Il est un peu grand
pour moi, alors je jouerai sur ses bébés.
-
Bonne blague !
répond le professeur, qui n’a rien compris. Allons-y. L’archet se tient ainsi.
Oui. En violoncelle, il y a des
positions. Nous allons apprendre celle-ci… Là ! Fa, sol, la, si, et do.
-
Que dites-vous,
M’sieur ?
-
… Fa, sol, la, si,
et do… Ce sont les notes de cette position.
-
Les potes ?
-
Vous ne savez pas
vos notes ?
-
Lesquelles ?
-
Les notes.
-
Oui, M’sieur le
professeur, les potes, ce sont des noms de poissons ? Oui, une sole, etc.
Je vois. Continuons.
-
Oui, mais…
connaissez-vous vos notes ?
-
Cela dépend
desquelles…
-
De toutes…
-
Mais… ? Combien
y en a-t-il ?
-
Mais… sept.
-
Il y a : la
sole, et…
-
Il y a donc la, sol ; et puis ?
-
Je ne sais pas.
-
Ecoutez, savez-vous
vos notes ? (voix excédée, impérative, et rapide).
-
Lesquelles ?
-
Toutes, enfin…
-
C’est-à-dire ?…
Les noms de poissons ? Et des potes ?
-
Que
racontez-vous ? Voyons, mon petit… ?!
-
Je répète ce que
vous dites…
-
Je n’ai jamais dit
cela. C’est un tissu de mensonges !
-
Si ! Vous avez
dit la sole !
-
Oui : la, sol.
-
Oui, monsieur :
il y a aussi une sole dorée…
-
Bien, mon
petit : la, sol, do, ré. Nous reverrons cela la prochaine fois. Au revoir.
Quand le professeur est
parti.
Madame Le Fou :
Qu’as-tu appris ?
-
Que le violoncelle
est une position dont les bébés sont des soles dorées.
Madame le Fou :
-
Magnifique !
Des soles dorées ! Que tu es doué ! Tu es musicien, moine, sonneur de
cloches, premier prix de théâtre ! Bravo ! Hourra ! Youpiiiiii !
LA DEUXIEME LECON.
-
Bonjour, mon petit.
-
Bonjour, Monsieur.
-
Oui… Commençons.
Savez-vous vos notes ?
-
Mes potes ?
Oui… La sole dorée.
-
Oui : la,
sol ; do, ré. Et ensuite ?…
-
…
-
Répétez après
moi : do ou ut, ré, mi, fa, si, et do. Vous m’avez déjà dit la et sol.
-
Do ou zut, Rémy,
facile, et l’eau.
-
Vous manquez un peu
de prononciation… mais c’est mieux. Maintenant, situons les notes sur la
portée… Ce signe, c’est la clé de sol. Le sol est sur cette ligne-là. Et les
notes sont sur les lignes, et dans les entrelignes. Comptez les lignes de la
portée.
-
Là ?
-
Oui.
-
Il y en a cinq si on
les compte toutes, mais il y en a quatre si l’on oublie d’en compter une.
-
Oui… !? Bon.
Après le sol, qu’y a-t-il ?
Le Fou :
-
Ah là là !
-
Bien : ah, là,
la. Tu as compris tes notes ?
-
Oui. (En vérité,
c’est faux).
-
Bien. Pour la
prochaine fois, tu m’indiqueras dix noms de musiciens. Puis, nous ferons de la
technique. Au revoir !
Quand le professeur fut
parti :
-
Qu’as-tu
appris ?
-
Que do ou zut, Rémy,
facile, et l’eau sont signés par la clé de sol sur les cinq interlignes de
l’apporté qui est le signe des potes et des noms de poissons.
LA TROISIEME ET DERNIERE
LECON.
-
Bonjour.
-
Bonjour.
-
Avez-vous bien
travaillé ?
-
Non. ?
-
Ah !
Pourquoi ?
-
Ben…
-
Hon hon.
-
N’est-ce pas ?
-
Ne soyez pas
insolent, et commençons. Vous allez me faire une récapitulation. Allez-y.
-
Le violoncelle est
une position dont les bébés sont des soles dorées ; ses notes sont do ou
zut, Rémy, sauna, facile, et l’eau ; elles sont signées par la clé de sol,
qui est l’apporté des cinq interlignes, qui est le signe des potes, et des
poissons. Exemple : la sole dorée.
-
Non !
Non ! Voici ce qu’il fallait dire : le violoncelle est un instrument
de musique ; il a des positions ; ses notes sont do, ré, mi, fa , sol, la, si, et do ; il y a cinq interlignes sur
la portée. Je m’arrête, et je m’en vais. Au revoir. Plutôt : adieu !
Ainsi se finit la vie
musicale du pauvre Le Fou. Mais quand on est né Le Fou, on est entêté ! Et
Madame Le Fou s’écria :
-
Il fera de la
trompette !
La première leçon de
trompette (et dernière).
-
Bonjour, Monsieur.
-
Bonjour, petit.
-
Jour !!! Euh…
dites, y a-t-il des potes, en trompette ?
-
Que voulez-vous
dire ? Des… potes ?
-
Et des poissons, il
y en a ?
-
Des… poissons ?
Je…
-
Et des
positions ?
-
Je…
-
Et des
apportées ? (Portées, veut-il dire).
-
Des…
apportées ? Vraiment, je…
-
Et des
interlignes ?
-
Là, d’accord, il y a
des interlignes.
-
Et des… et des… et
des… choses comme en violoncelle ?
-
Oui… à peu près…
mais… pourquoi ?
-
Vous êtes aussi
embêtant que le professeur de violoncelle ?
-
Moi, embêtant ?
Mon petit, surveillez votre langage. Poli, hein.
-
…
-
mmmmmh ! Bon ! Commençons. Voici une
trompette… Qu’est-ce, à votre avis ?
-
Une position !
C’est mon professeur qui me l’a dit !
-
C’est un instrument…
de… de.. ; allons, dites-le-moi… de ?
-
De… de poisson.
-
Que ?
Qui ? Quand ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Dans quel
but ? Mais enfin… Que racontez-vous, mon enfant ?
-
Mon professeur m’a
dit… que… c’est cela… oui, des poissons… Et puis, Monsieur, je le sais mieux
que vous ! Quand même…
-
Dieu, quelle insolence.
Vous le savez mieux que moi ! J’ai 90 élèves, alors, je n’ai pas besoin de
vous.
-
Moi non plus.
Qu’est-ce que vous croyez ? ah, ah, ah.
-
C’en est trop. Au
revoir. Quelle insolence, Dieu de Dieu.
Madame Le Fou cria :
-
Tu feras du… du… du…
tambour !
LA PREMIERE LECON DE
TAMBOUR.
-
Bonjour, Monsieur.
-
Jour !
Boum ! Boum ! Taratarabloum !
Allons-y, mon petit !
-
Oui, Monsieur !
-
Tapez fort !
Boum ! Boum ! Boum ! Boum ! Boum ! Du rythme !
Boum ! Rataplan ! Boum ! Un et deux et trois et quatre !
Boum. Boum ! Une, deux ! Ein, zwei ! Plus fort ! Tapez ! Badaboum !
Boum ! Une, deux ! Boum !
-
Clatch !
-
Qu’est-ce, mon
petit ?
-
Le tambour… il est
percé !
-
Cela n’est pas
grave. Tu vas crier : Boum ! Boum ! Boum ! Boum !
C’est comme cela que l’on apprend le tambour ! Selon la méthode e Madame Bombeboum ! Allons. Boum ! rataplan !
Rataplan ! Pataplan ! Boum ! Du
nerf ! Boum !
-
Monsieur… Les vitres
tremblent, les murs se lézardent, à votre voix. C’est vrai !
-
Mon petit, moi,
Monsieur Labombetonne, je ne permets à personne de
m’insulter ! Vous êtes un malappris. Au revoir… Monsieur.
Aussi entêtée qu’elle peut
l’être, Madame le Fou arrêta les leçons de musique, mais décida :
-
Tu feras de la
patinette artistique !
-
Qui ?
Que ? Quoi ? Dont ? Ou ? Où ?
Qu’est-ce que ?
-
Tu verras.
Et le lendemain, Monsieur Verdant arrivait.
[Commentaires (2008) : la plupart des noms des
« personnages » sont des déformations du nom de mes (nombreux)
enseignants de piano, violon et… tambour. Je rappelle ici, et j’ai raconté dans
certains romans, que j’ai commencé le piano vers 1966 et que, à la même époque,
je fis un premier essai dans l’orchestre de jeunes Alfred Loewenguth,
comme joueur de tambour, avant de commencer le violon vers 1968… Mes
enseignants, en général, ne me supportaient pas plus d’une leçon, notamment par
suite des discours que je leur tenais, de telle sorte que le récit des
aventures musicales de Le Fou est plus autobiographique qu’on ne pourrait
l’imaginer].
-
Je suis gracieux. Il
faut l’être… la patinette artistique, et la trottinette… C’est gracieux !
Ah, la grâce ! Je vote : grâce ! Ma devise est : grâce.
Commençons. Mettez-vous sur la patinette… malheureux ! Avec grâce !…
C’est mieux… maintenant, dévalez cette pente, et levez lentement et avec grâce
votre jambe. Puis mettez-vous debout sur le guidon… malheureux ! Avec
grâce ! Soyez plus gracieux !
-
Monsieur !
-
Oui !!?
-
Puis-je faire une …
remarque ?
-
Oui.
-
Vous aimez la grâce…
-
Oui.
-
Je préfère la
graisse.
-
Quoi ! Préférer
l’immense, la sublime, la géniale, l’extraordinaire, la fascinante, la
mirobolante, etc., grâce à l’infecte, à l’idiote, à l’horrible, etc., GRAISSE.
Vive la grâce : Oui à la grâce, bravo à la grâce, donc, bref : vive
la grâce.
-
Non, Monsieur. Vive
la graisse.
-
Vive la grâce.
-
Vive la…
-
Mon jeune ami, c’en
est trop. Demain, à huit heures, je vous lance un défi. Soyez avec de solides
épées au « Champ Narcisse ».
Au « Champ
Narcisse ».
-
Me voici.
-
Me voilà.
-
En garde !
Le Fou (à part) :
-
Mais, j’y pense, je
n’ai jamais manié une épée ! Il faut…
Mais il était déjà
attaqué…
-
Ah freluquet !
Ah vous aimez la graisse ! Vous allez voir !
Le pauvre Le Fou manie son
épée trop lourde pour lui avec peine, et crie :
-
Attention !!!
L’autre se retourne, et Le
Fou l’assomme, puis s’enfuit après avoir marqué sur le dos de l’autre :
« Mon cher Monsieur, j’ai l’impression que vous voulez dormir à tout
prix, car, actuellement, vous êtes étendu de toute votre graisse (ou de votre
grâce : à bas la grâce) par terre, aussi, ne voulant troubler votre grasseux (ou gracieux ?) sommeil,
je vous laisse à vos beaux rêves. Ah ! J’oubliais… Je vous ai transporté
les jambes jusqu’à la ceinture dans la mare… C’est gratuit, je vous l’offre graissieusement (gracieusement ?). Je me permets de
vous annoncer que votre tête a été garnie d’une jolie bosse (elle est également
gratuite). Vivre la graisse. Votre très cher ami »
On imagine l’horrible face convulsée du pauvre
homme qui, se réveillant, sentit ses jambes couvertes de sangsues qui
infestaient la mare, une énorme bosse à la tête, et ce mot…
Madame Le Fou, abandonnant la patinette artistique,
décida :
-
Tu seras diseur de
bonne aventure !
-
Ben ! Dis
donc ! Il s’rait si simple de faire des
mômes ! pensa le petit Le Fou.
Le petit Le Fou s’installa dans une petite maison,
à côté de celle de ses parents. Beaucoup de crédules vinrent le voir.
Simplement, voici deux « consultations »…
La première consultation.
-
Pourquoi venez-vous
me consulter ?
-
J’ai perdu mon chat.
-
Chat ou
chatte ?
-
Chatte.
-
Nom ?
-
Homnibusaimistigrietvilainaienoiraudaipetitrogo.
[Commentaires (2008) : ici, se trouvent les noms de la plupart
de mes chats de cette époque, déjà cités dans mes romans : Homnibus, Mistigri, Vilain, Noiraud, Petit. Homnibus mourut en 1970, Vilain disparut vers 1973, les
autres de ces chats moururent les années qui suivirent ].
-
Hum !
Age ?
-
Trois ans.
-
Bien. Ayant consulté
les astres, voici mon verdict : mais d’abord amenez-moi vingt bouteilles
de vin.
-
Les voici.
Le Fou met les bouteilles
dans sa cave, puis revient avec une seule, la boit, puis crie :
-
Selon les astres, et
la bouteille de vin, votre chat sera retrouvé avant 100 ans. S’il n’est pas,
dans ce laps de temps, retrouvé, je vous rendrai vos bouteilles. C’est 100
francs.
La deuxième consultation.
-
Bonjour, Monsieur.
-
Bonjour, Madame.
-
Qu’avez-vous ?
-
Mon mari ne m’aime
plus.
-
Ah ! Il est
amoureux ?
-
Oui.
-
De qui ?
-
De Marie-Antoinette,
la belle-sœur de Jean-Jacques, fils de Rousseaux.
-
Eh eh ! Que dois-je vous dire ?
-
Sera-t-il toujours
amoureux ?
-
Il est possible
qu’il le reste, mais cela peut aussi être qu’il ne le reste pas.
-
Reviendra-t-il dans
mon lit ?
-
Achetez un nouveau
lit, puis on verra.
-
Aurai-je un enfant
de lui ?
-
Cela dépend de
l’achat du lit.
-
Arriverai-je à le
persuader que je ne suis pas une servante ?
-
Peut-être.
-
Merci.
-
Pas de quoi !
C’est 100 francs.
-
100 francs pour
moi ?
-
Pour vous, c’est
pareil !
-
Mais je suis votre
mère !
-
Ah, c’est
vous !
-
Tu ne m’avais pas
reconnue ?
-
Non.
-
…
-
Hum ! Mais j’en
apprends de belles ! Papa est amoureux de Marie-Antoinette ?
-
Oui ! Mais
chut !
-
Bon.
-
Merci pour ta
consultation.
Mais bientôt, un accident
le força à abandonner ce travail. Voici comment cela se passa, mot pour mot,
lettre pour lettre…
-
Bonjour, monsieur le
Curé !
-
Bonjour, mon petit
Le Fou.
-
Pourquoi
venez-vous ?
-
Pour une
consultation.
-
Pour… une… ?
-
Une consultation,
mon petit. Vous êtes bien diseur de bonne aventure ? Oui, ou non ?
-
Héhé ! Oui ! Oui !
-
Oui ! Bon. Vous
répondez à mes questions !!??!!
-
Oui…
-
Vous êtes diseur de
bonne aventure ?
-
…Oui.
-
Depuis quand ?
-
Hum ! Depuis
quelques mois !
-
Ah… il y a quelque
temps, vous étiez moine, balayeur, etc.
-
Oui… J’ai changé de
profession…
-
Cela vous arrive
souvent ?
-
Bah… Oui…
-
Combien de
fois ?
-
Par an ?
-
Par an.
-
Bah, à peu près 360
fois, Monsieur…
-
Gagnez-vous
beaucoup ?
-
Non… je suis très
philanthrope…
-
Pouvez-vous me
montrer vos comptes ?
-
Non.
-
Tiens, à propos,
j’ai un frère policier, et…
-
(très vite) Comment
ai-je pu refuser ? Voilà mon carnet de comptes…
-
Bien. Voyons… Je
lis. « Madame Lebrun a perdu son chat. 100 francs et 20 bouteilles.
C’est moi qui ai volé le chat, je l’ai revendu au boucher, il l’a vendu comme
lapin de Garenne. Maman est venue. Ai fait semblant de ne pas la reconnaître.
Ne m’a pas payé : voleuse. Madame Pesqueton.
Elle a eu un enfant, et voudrait savoir si c’est un garçon ou une fille, car
elle ne veut pas soulever son pantalon, elle veut n’avoir aucune vue sacrilège,
et défend à quiconque de le faire. Lui ai dit qu’elle
n’a qu’à en refaire un, puis de voir si c’est un garçon, et, si c’en est un, de
les laisser seuls. Si c’était une fille, au bout de neuf mois, elle aura une
surprise. 800 francs. 600 bouteilles de vin. Bonne affaire. Quelle gourde »
-
Mon petit le Fou,
êtes-vous honnête ?
-
Oh, oui ! Je
suis l’honnêteté incarnée ! Et généreux. Un petit saint !
-
Bon ! moi, je
suis gendarme ! Je vous défais de votre petit commerce ! Je ne vous
arrête pas ! Il y a du bon vin, ici, je ne veux pas rater ça ! Je
ferme les yeux mais… j’ouvre la bouche et les bouteilles ! Vous avez un vomissoir, ici ?
Mais Madame Le Fou :
-
J’ai enfin
trouvé ! Tu seras Arabe !
Monsieur Le Fou : -
Arabe ?
Le Fou :
-Arabe ?
Madame Le Fou : -
Mais oui ! Moi et ton père allons faire des économies, nous allons te
naturaliser arabe, et t’acheter une belle maison, et quelques valets,
domestiques, cuisiniers, et tout cela… Tu n’auras qu’à avoir un grand
harem : tu peux avoir autant de femmes que tu veux !
Et c’était en effet le
« métier » qu’il fallait au petit Le Fou… Il vécut heureux avec
toutes ses femmes, et ses parents restèrent à Sarignot.
Chose étrange, quand le petit Le Fou eut des femmes à profusion, il s’en lassa,
se fit moine, et mourut bien vieux dans un monastère, sur les rives du
Jourdain.
Souvenirs du Moine Fou.
Tout ceci a été retrouvé
sur des tablettes de cire, près de Damas.
« Après une vie
pleine de péchés immondes et odieux, moi, Moine Fou, je me repens bien fort.
Maintenant, je suis moine, bon moine. Je chante à la chorale, je vais à la
prière, je fais silence, et prie, et lis, et relie, et décore des manuscrits.
Je me lève tous les matins, pour faire mes prières. Moi, jadis si fainéant,
jardine, arrose et plante ! On ne me fait plus de reproches, et on
m’assure la vie éternelle ! Je donne aux pauvres, je suis bon, pieux, et
tout, et tout, même mes parents ne me reconnaissent pas ! Comme
témoignages, voici des lettres reçues par moi… « Mon cher
petit, comme tu as changé ! Toi, si sale, tu es propre ! On me
dit que tu travailles, que tu pries pieusement, et que tu es parfait !
Bravo. Ta Maman et ton Papa »
« Sarignot, le
août . Moine Fou, j’ai appris
vos mérites, et j’en suis heureux ! Je me repens d’avoir été malpoli
envers vous, mais, Dieu est témoin, vous le méritiez ! Sachez que je suis
votre ami. L’abbé des Gustaviens-Onésimiens ».
« Sarignot, le
septembre . Moine Fou, je suis
bien content de ne pas vous avoir arrêté ! Je vous félicite pour
tout ! Un gendarme qui s’était fait prendre pour le Curé et qui avait pris
une consultation. PS Merci pour le vin. Il est délicieux ».
« Ripatouille-du-Sanglier, le août
. Moine Fou, un seul mot : bravo ! le
maire de Ripatouille ».
Le « petit » Le Fou (qui a déjà 60 ans) était tout content
de recevoir ces lettres… Il y répondait… Voici la suite de ses souvenirs…
« Moi, Moine Fou, répondais à ces lettres, mais j’avoue que,
horreur ! Je commis encore un péché : je voulais réparer les colonnes
qui soutenaient l’édifice… je le dis à l’abbé, qui me dit :
-
C’est une très bonne
idée, Frère Fou. Mais… je ne vous savais pas des talents de sculpteur.
-
Je n’en ai pas, mais
Dieu m’inspirera…
Mais, cette fois, ou Dieu ne m’inspira pas, ou bien je ne compris pas
ce qu’il voulait dire… et je sculptai ma… vie… Les moines et l’Abbé furent
horrifiés ! Car j’avais… parfait les détails… et avais trop montré ce
qu’il ne fallait pas voir… (Le bon vieux temps, quoi)… On détruisit tout cela,
et on me pria de ne plus m’occuper de sculpture… mais on me pardonna, et cela
ne se reproduisit plus…
Même bon moine, je suis resté un petit rigolo, un comique… et cela
fait que j’aime raconter de drôles d’histoires. En voici une qui m’est arrivée…
Un jour, un homme vient me voir…
-
Bonjour, Moine Fou.
-
Bonjour, mon fils.
-
Je suis un pauvre
voyageur fatigué, et je viens vous demander l’hospitalité…
Je lui fis partager ma couche, et, le lendemain
matin…
-
J’ai bien
dormi !
-
J’en suis heureux .
-
Entre nous, Moine
Fou…. Aimeriez-vous faire un immense plaisir à l’abbé ?
-
Oui !!!
-
Si vous le voulez,
j’ai ici des reliques… de Jésus !
-
Est-ce
possible ?
-
Oui oui ! Si vous voulez je vous les vends !
-
Oui, d’accord !
Combien ?
- Mmmmmh… Ces chandeliers en or, et ces
couverts en argent pourraient suffire, car ces reliques sont très précieuses…
je crois que cette bourse…
-
La voici !
- Merci ! Ah, un conseil… pour faire plaisir à votre abbé,
donnez-lui ce coffret, et ne l’ouvrez pas avant lui. Simplement
dites-lui : « Je vous offre, père l’Abbé, ces reliques d’une valeur
inestimable ». Hum hum ! Au revoir.
-
Au revoir.
Puis, chez l’Abbé…
-
Père l’Abbé, je vous
offre ces reliques d’une valeur inestimable.
L’Abbé : - Merci,
Moine Fou.
L’Abbé ouvrit, et contempla de l’excrément de vache, c’est-à-dire de
la bouse ! J’eus bien du mal à m’expliquer ! mais
l’affaire eut des suites… Quelques mois plus tard, un homme vient me voir…
-
Bonjour, Moine Fou.
-
Bonjour, mon fils.
(A part). Il n’aurait pas le culot de revenir ici.
-
Pouvez-vous m’offrir
l’hospitalité ?
-
Installez-vous… je
reviens.
Chez l’Abbé.
-
Père l’abbé, le même
voyageur est chez moi ! Il va recommencer.
Aussitôt les moines se rangent
devant la porte, puis, ouvrant la porte, ils se jettent sur l’homme,
qui, bientôt, est ligoté, et interrogé…
-
Qui es-tu ?
- Je suis de la famille du pape ! Je suis son fils ! Ah, ah !
Lui qui m’avait chargé de connaître Moine Fou, pour voir si on ne mentait pas
quand on disait qu’il était « propre ».
Aussitôt, il est libéré.
-
Père Abbé, dit-il
aussitôt, acceptez ces reliques.
-
Ooooooh ! J’accepte ! Mais je vous les
achète !
-
Non, non !
C’est mon père qui me l’a dit !
-
J’insiste !
-
Bon, d’accord !
-
Tenez, voici d quoi
vivre dix ans.
-
Merci ! Mais…
nous sommes le 25 ?
-
Le 26.
-
Je dois partir tout
de suite.
-
Je vous fais seller
un cheval ?
-
Oui.
Et l’homme, s’en allant,
cria :
- Depuis quand le pape a-t-il un fils !???
Merci pour tout ! Et à bientôt !
L’Abbé :
- Mais oui ! Le pape, avoir un fils !
Quel crétin je suis ! et vous, quels imbéciles
vous êtes ! Et quelles gueules vous vous
tapez ! Misère ! De quoi vivre 10 ans ! Et ces reliques :
du fumier !
Et, désormais, on ne se fia plus aux
« voyageurs égarés ». Chacun était fouillé, refouillé et
re-refouillé. Il fallait donner son nom, son âge, tout. Un jour, trois
voyageurs arrivèrent séparément… Voici l’identité qu’ils se donnèrent.
1)
Christian
SALETRUAND. Age : 30 ans. Profession : vendeur de reliques.
Nationalité : Gaulois. Venant de : Gaule. Allant à : Antioche.
2)
Nom :
Ali-Mohamed-Mustapha-Ali-Baba. Age :
40 ans. Nationalité : arabe. Venant de : Jérusalem. Allant à :
La Mecque.
3)
Ralf Fritz
Karl JUNGFRAU. Age : 60 ans. Profession : vendeur de reliques.
Nationalité : Allemand. Venant d’ : Allemagne. Allant : à
Médine.
L’Abbé, au Moine Fou :
- 3 vendeurs de reliques ! Catastrophe !
A ce moment, les trois vendeurs toquèrent à la porte de la salle dans
laquelle étaient l’Abbé et le Moine Fou. Saletruand
parla :
-
J’ai des reliques à
vendre.
-
Montrez.
Et Saletruand
montra un fil de fer :
-
C’est un morceau de
la couronne du Christ.
Puis Ali-Mohamed-Mustapha-Ali-Baba :
-
J’ai vingt litres du
sang du Christ !
Le bon Abbé acheta fort cher tout cela, mais reçut, une fois les
voyageurs partis, ce mot : « Monsieur l’Abbé, regardez vos rouleaux
de fil de fer, et comparez-y la couronne du Christ. Puis allez à l’écurie, et
comparez les cheveux du Christ avec la queue de l’âne. Le prétendu Saletruand. Le prétendu Ali-Baba.
Le prétendu Jungfrau. PS : Depuis quand a-t-on vingt litres de sang dans
le corps ? »
Voici les histoire embêtantes (que je
faisais quand j’étais petit) qui arrivèrent à mon monastère… Pour finir,
j’ajouterai que je souris quand je vois une jeune fille passer… On ne se défait
pas de ses (et de ces) habitudes, et un sourire, ce n’est pas méchant… Quand
même…
Mais maintenant… c’est
fini !
FIN
Texte
écrit à, l’âge de neuf ans, en 1969.
Publié
en 1983, sous forme de brochure (61 pages).
Olivier
Mathieu.
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Nouvelles Littéraires