« Les Dames très dignes ».
« Comédie ».
Ecrit en 1969,
publié aux éditions Ouvertures en 1983
(17 pages de texte dans l’édition de 1983).
Je crois légitime mon désir
d’écrivain de publier ces pages étranges, joyeuses et sans complexes
sémantiques, où apparaissait notamment le mot « enculatrice »,
sur lequel je reviendrai. Et de les offrir au public (afin qu’elles ne soient
pas condamnées ou à l’oubli, ou aux rayons des « librairies
spécialisées », ou à « l’Enfer » des bibliothèques).
Les « Dames très dignes » connurent
leur première publication en 1983, en moins de deux cents exemplaires. A ce
titre, leur sort est à rapprocher de celui de la Maison turque à la feuille
de rose, œuvre de jeunesse licencieuse (et très peu connue) de Maupassant,
écrite en 1887 mais publiée seulement en 1945, en 125 exemplaires !
Le paradoxe, peut-être, pour ce qui
concerne les « Dames très dignes », serait sans doute que l’auteur –
quarante ans après – doive lui-même déconseiller de mettre cette oeuvrette,
écrite par un enfant, dans les mains des enfants ! Mais c’est ce que je fais
ici. Que l’on veuille se souvenir, aussi, que le « Divin Marquis »
lui-même, à plus d’une reprise, jugea bon de spécifier qu’il destinait ses
écrits exclusivement « à ceux qui étaient capables de le
comprendre ». Or, les enfants d’aujourd’hui, dans leur écrasante majorité,
sont-ils capables de comprendre et d’apprécier les Dames très dignes ? Je
ne le crois pas. Cette lecture les ennuierait. Ils s’amusent devant la télé,
devant l’ordinateur, devant les jeux électroniques. Et d’ailleurs, à huit ans,
de moins en moins savent lire.
Parlons de choses sérieuses.
« Les Dames très dignes » et surtout « L’Enfance du Fou »
(mon autre comédie de 1969, encore à paraître sur ce site) demandent
leur place, une toute petite place auprès des œuvres de la littérature.
Il y a certainement plus
« scandaleux » que « Les Dames très dignes » ! Mais,
sous la plume d’un enfant de huit ans, difficile de trouver quelque chose de
plus étrange.
S’il fallait chercher quelles
« influences » j’aurais pu subir, c’est du côté de la commedia
dell’arte (donc de Carlo Gozzi). Davantage encore, l’absurde des Dames
très dignes, dans sa fraîcheur juvénile, n’évoque nullement les faiseurs
de « l’Absurde » du XXe siècle, mais bel et bien Aristophane
racontant (en 392 avant l’ère judéo-chrétienne) comment, à Athènes, les femmes
soudain déguisées en hommes avaient pris le pouvoir, érigeant par exemple en
loi qu’un homme, avant de posséder une belle femme, doive obligatoirement
coucher avec une vieille ou une laide…
Oui, L’Enfance du Fou et les Dames
très dignes demandent leur petite place dans la littérature tout court. Oui, je dis que les Dames très dignes, non
seulement à travers sa veine fantastique, non seulement à travers sa capacité à
renverser « la » ( ?) « réalité » et de transfigurer
les apparences pour en donner une vision sarcastique, non seulement à travers
son vocabulaire souvent étonnant de créativité, mais encore à travers le
« conservatisme révolutionnaire » que le lecteur attentif ou intuitif
y saura déceler (un conservatisme qui s’en prend à la fois aux « dames
très dignes », symboles de bigotisme et d’hypocrisie, mais aussi aux
écrivains du XXe siècle qui ont fait commerce de
« l’Absurde », aux commerçants et aux épiciers d’absurde dont je
viens de parler), se rattache tout simplement aux carnavals de Carlo Gozzi et à
l’esprit dionysiaque et parodique d’Aristophane (qui ne fut redécouvert,
plus tard, que par Nietzsche) !
Une farce, voilà le terme qu’il
faudrait peut-être ajouter aujourd’hui, en sous-titre, aux Dames très dignes.
Mais, au fond, sans doute le
sous-titre que j’avais choisi dès 1969 suffit-il amplement :
« comédie ».
Heureux les temps où la comédie
commençait…
LES DAMES TRES DIGNES.
Comédie.
Personnages :
Le Fou, les dames très dignes, Eléandre, Yann, son père Henri, sa mère Follassinne.
Alexéas, Nestorine :
domestiques.
Chez
Dame Follassinne.
Follassinne :
-
Ooooooooooh ! Yann ! Yann ! Montre-toi,
vilain !
Henri :
-
Que se passe-t-il, ma petite Follassinne ?
Follassinne :
-
Yann a disparu.
Henri :
-
Ciel !… Nestorine !
Nestorine:
-
Oui, Monsieur?
Follassinne :
-
Henri vous a dit de ne pas lui dire tout le temps « oui, monsieur ».
Henri :
-
Oui !
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : à titre d’hypothèse, j’avais peut-être choisi le prénom de
« Nestorine », pour l’une des domestiques,
à cause du « Nestor » qui, chez Hergé, est lui aussi domestique. Ce
n’est cependant qu’une hypothèse.]
Nestorine :
-
Oui, madame !
Henri :
-
Vous êtes incroyable, Nestorine ! Mais ce que je
vous disais est que Yann n’est plus ici !
Nestorine :
-
Il doit être chez Eléandre !
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : difficile de songer que la racine « andre »
n’ait pas été choisie par moi, pour le prénom d’un personnage féminin, en
connaissance de cause. A noter l’imagination développée, y compris plus loin,
dans le choix des prénoms. Prénoms particulièrement absurdes pour les femmes (Follassinne, Eléandre, Nestorine), mais d’une grande banalité pour les hommes
(Henri, Yann). « Le Fou », lui, n’a pas d’autre nom, ou de prénom.
Très rapidement, dans le texte, au milieu de scènes plus banales, éclatent
soudain des phrases étonnantes, comme, un peu plus loin, « cette misérable
orpheline », qui surprend. ]
Follassinne :
- Je lui avais interdit de la
fréquenter ! Allons chez Eléandre, cette
misérable orpheline !
Henri :
- Alexéas !
Alexéas :
-
Oui ?
Henri :
-
Venez nous aider à
arracher Yann des mains d’Eléandre !
Alexéas :
-
Je pense, monsieur,
que ce serait plutôt elle qu’il faudrait arracher.
Follassinne :
- Vous n’êtes pas bien placé pour
penser, Alexéas ; donc, laissez penser les
autres.
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : cette dernière phrase est bien plus banale. On notera cependant
que le domestique a un prénom fort étrange (Alexéas),
mais surtout le plus amusant : « je pense que ce serait plutôt elle
qu’il faudrait arracher ».]
Chez Eléandre.
Henri :
-
Toc, toc, toc !…
-
.......................
Henri:
-
Toc, toc, toc!... Il n’y a personne !
Alexéas, sur l’ordre d’Henri, enfonce la porte.
Henri s’élance.
Alexéas :
-
Donnez-leur le temps
de se rhabiller.
Les dames très dignes, qui
passaient :
-
Oh ! Quelle
infâme chose ! Ah ! Pater noster ! Ah, Plutarque, Astarté !
Jupin sur sa poubelle d’or ! Oh ! Quelle
infamie !
Alexéas :
-
Vous êtes sorties un
peu trop tôt de l’asile, pouliches !
Les dames très dignes, indignées, se
jettent sur Alexéas, qui s’enfuit.
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : si le « donnez-leur le temps de se rhabiller » est déjà
assez surprenant sous la plume d’un enfant de huit ans, je trouve le « Ah,
Plutarque, Astarté ! Jupin sur sa poubelle
d’or ! » parfaitement étonnant. Mettre ainsi
côte à côte Plutarque et Astarté (la déesse de la guerre, de l’amour et de la
mort adorée par les Babyloniens de jadis), n’est-ce pas absurde et
surprenant ? Quant à ce « Jupin » sur
sa « poubelle d’or », j’en suis réduit aujourd’hui à supposer que
c’était une allusion à Jupiter, mais d’où me venait l’idée d’une « poubelle
d’or » (sic) ?]
On vit, ce jour-là, dans la ville, un
bien étrange cortège : Henri, Nestorine, et Follassinne tenant Yann, rhabillé de force, avec un slip
sur la tête, les bras dans sa culotte, et les jambes dans sa chemise. Alexéas, lui, tournait autour, les dames très dignes à ses
trousses…
Le Fou, qui passait, demanda ce que
« c’était » à Henri, qui le lui dit… Bientôt, il était gardien de
Yann. Malheureusement, Le Fou était également amoureux d’Eléandre
et ils devinrent amis.
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : je laisse au lecteur le soin d’imaginer la façon dont tout ceci
pourrait être mis en scène, au théâtre. Je note, surtout, que la phrase
« Le Fou était également amoureux d’Eléandre et
ils devinrent amis » change du tout au tout, selon que l’on considérera
que Le Fou et Yann devinrent amis, ou, au contraire, que Le Fou devint
« ami » d’Eléandre.]
Ils allaient souvent féconder Eléandre, et je vais vous dire comment cela se passait.
Le Fou :
-
Salut,
poulette !
Yann :
-
Salut, poulettissime.
Ils s’installent confortablement.
Le Fou :
-
Oooooooooooooh…
Yann :
-
Ooooooooh.
Eléandre :
-
Hihihihihihihihi…
Le Fou :
-
A moi. Ooooooooooooh.
Yann :
-
Oh ! C’est
beau !
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : la scène (qui est, si l’on y songe, la représentation que je
donnais – à huit ans – d’un trio érotique) me semble assez étonnante.]
Mais, un jour, un fâcheux arriva.
Le fâcheux était Henri qui
s’étonnait que son fils soit si calme depuis que Le Fou était son gardien.
Henri :
-
Toc,
toc, toc….
-
............................
A
l’intérieur, à voix basse:
Yann :
-
Qui est-ce ?
Le
Fou :
-
Je ne sais…
Eléandre :
-
En tout cas, ce ne doit pas être ton
père, Yann. Il te croit « calmé ». Donc, je vais ouvrir.
Et
le malheur arriva.
Eléandre :
-
Oui ? Oh ! Vous… Euh… Y… Ya… Yann n’est pas ici…
Henri :
-
Il n’est pas chez moi, non plus. Je
veux voir chez vous.
Eléandre ferme la porte au
nez d’Henri, et court avertir ses petits amis.
Eléandre :
-
Il est là.
Le
Fou :
-
Qui, « il » ?
Eléandre :
-
Lui.
Le
Fou :
-
Oui… Qui, « lui » ?
Eléandre, verte :
-
Luuuuuuuiii…
Yann :
-
Bon Dieu, nous diras-tu son nom ?
Eléandre :
-
Je vais… donc… te dire… qui… qui… c’…
c’est…
Le
Fou :
-
Ah !
Eléandre :
-
C’est… c’est… lui !
Yann,
fou de rage :
-
Qui ?
Eléandre :
-
Euh… euh… ton… père !
Le
Fou :
-
Aie aie aie aie aie aie !
Yann :
-
Oulala !
Eléandre :
-
Partez par la porte dérobée,
contournez la maison, et vous pourrez rentrer là-bas avant lui.
Ils
le firent, et, quand Henri rentre…
Yann :
-
Salut, papa !
Le
Fou :
-
Bonjour, Monsieur…
Henri,
suffoqué :
-
… B… b… bon… jou… r… ; bonjour.
Yann :
-
Tu bégayes,
papa ?
Le Fou :
-
Vous bégayez,
Monsieur ?
Henri :
-
Oh non !
J… je ne… b… ég… aye pas… N… n… non !
Henri redescend et va voir Follassinne.
Henri :
-
Tu sais, ils
n’étaient p… pas là ?
Follassinne :
-
Oui. Et bien ?
Henri :
-
Et bien, quand je
rentre, ils étaient (il éclate en sanglots) c… c… couchés.
Follassinne :
-
Mon ami, cela
dépasse de votre trop fertile imagination… Je les ai vus rentrer, et ils m’ont
dit : Nous sommes allés au cinéma ; donc, ils ne pouvaient pas être
chez Eléandre. De plus, mon ami, vous avez un poil
sur la langue, et un de vos plus grands, encore…
Henri :
-
Mais… qui vous dit
qu’ils sont allés au cinéma, et… ?
Follassinne :
-
Henri, mon
grand fou, il est l’heure de manger. Allez chercher les deux, là-haut. Oh, Nestorine !
Alexéas !
Nestorine et Alexéas:
-
Oui ?
Follassinne :
-
Allez préparer un
bon repas, avec, pour Yann, une drogue qui lui fera dire ce qu’il a fait ce jour. Allez !
Nestorine et Alexéas :
-
Oui !
Follassinne, à part :
-
On ne sait jamais…
Le chat, Le Fou, Yann, Henri, Folassinne,
Alexéas, Nestorine.
Le dîner se passe bien, quand…
Yann :
-
Je vais vous dire ce
que j’ai fait ce jour.
Le Fou, pour lui :
-
Eh eh !
Yann :
- Le matin, j’ai pris un bain, et j’ai joué aux
cartes avec Le Fou ; j’ai aussi fait du courrier à Tante Théodore. Le
soir, nous sommes allés voir Eléandre et…
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : à titre d’hypothèse, le choix de « Tante Théodore »
(avec un prénom, donc, généralement masculin) n’était peut-être pas plus
gratuit que celui de « Eléandre » pour un
autre « personnage » féminin. De même que n’était pas gratuit, je
pense, dans les intentions du jeune auteur, de multiplier les allusions
« religieuses » (Astarté, Pater Noster, « Bon
dieu ! », Théodore… ]
Henri :
-
Quoi ? Eléandre ? Je…
Le Fou :
-
C’est… le nom du…
film…
Follassinne :
-
Hum !
Henri :
-
Ah !
Yann :
- Soudain, on toqua à la porte…
Henri :
-
Hein ?
Que ? Que ? Qu’est-ce ?
Le Fou :
-
Dans… le film…
toujours !
Follassinne :
-
Mouais… ??!!!…
Yann :
-
Nous somme rentrés
avant papa, et… aïe ! Pourquoi me donnes-tu un coup de pied sous la
table ?
Le Fou :
-
Tu vas énerver tes
parents, Yann, et tu as sommeil… ce cinéma était… tu es fatigué… et… Bon !
Je me permets de prendre Yann, et…
Henri :
-
Oui, oui ! Allez !…
Le Fou :
- Merci.
Il monte se coucher avec Yann.
Cependant, en bas, Henri parle à Follassinne, quand…
Le chat :
-
Miaou…
Nestorine :
-
Oui ?
Follassinne :
-
je ne vous ai pas
demandé de venir, Nestorine.
Le chat, approbateur :
-
Miiiiiiiiiiiiiiiaouuuuuuuuuuuu.
Alexéas vient, tandis que Nestorine
part à pas lents…
Alexéas :
-
A vot’ service, patronne !
Follassinne :
-
Je ne vous ai pas
demandé, Alexéas. Et surveillez votre langage.
Alexéas :
-
Bien, madame… mais
j’ai reconnu votre voix.
Follassinne :
-
Je suis humaine, Alexéas, pas féline.
Alexéas :
-
Madame a, dans ce
cas, des dons certains de ventriloque.
Henri :
-
Cela suffit !
Allez vous coucher, Alexéas.
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : il se pourrait que ce passage, par exemple, soit un peu
« long » à la lecture. Encore faudrait-il imaginer ce que cela
pourrait donner sur la scène d’une représentation théâtrale. A noter que le
« personnage » du chat n’est pas étonnant, dans la mesure où, chez
moi, à cette époque (1969), il y avait sept chats.]
Une fois Alexéas parti,
ils continuent à parler, puis, au bout de quelques instants…
Follassinne :
-
Que diriez-vous, mon
cher, d’une tasse de thé ?
Henri :
-
J’en serais
enchanté.
Follassinne :
-
Oh ! Nestorine !
Cinq minutes s’écoulent.
Henri :
-
Nestorine !
Cinq minutes passent à nouveau.
Henri :
-
Je vais la chercher.
Il la trouve béatement étendue, bras
et jambes enroulés dans les draps, et la tête reposant sur douze oreillers. Il
la secoue brutalement.
Henri :
-
Oh ! Nestorine !
Nestorine :
-
Oh, c’est vous,
Monsieur! Qu’y a-t-il ?
Henri :
-
J’aimerais du thé…
Dites-moi, pourquoi ne répondiez-vous pas à mes appels ?
Nestorine :
-
Quels… appels ?
Je n’ai rien entendu ! Ah, si. Seulement le chat qui miaulait.
Henri, voix désolée,
compatissante :
-
Enfin…
Le Fou, Henri, Follassinne,
Yann, Alexéas, Nestorine,
le chat, deux infirmiers.
La nuit, chez Henri, Le Fou s’éveille,
et ne voit pas Yann. Le Fou a alors une idée : il va toquer à la porte
d’Henri et de Follassinne (c’est la même, cela va de
soi) et dit :
-
Yann, pendant mon
sommeil, est parti. Je ne peux plus être le gardien de Yann. Allons voir chez Eléandre. J’imagine que le drôle y est.
Henri, Follassinne
et Le Fou partent.
-
Toc, toc, toc.
Yann, sans méfiance, ouvre, et est
repris par ses parents.
Alors, Le Fou :
-
Ce pôvre est très atteint. J’ai été docteur, jadis. Il
faudrait le mettre à l’asile.
Follassinne :
-
Alors, Henri, nous
n’aurons plus d’enfants ?
Henri :
-
Bah ! Tu m’en
referas une portée…
Follassinne :
-
Oh, Henri. Ma mère
m’avait bien dit de ne pas épouser un dégoûtant comme vous.
Le Fou :
-
Il faudra mettre
Yann dès demain à l’asile.
Henri :
- Bien.
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : que certaines choses, ici, soient nées de la naïveté du jeune
auteur, ou qu’elles appartiennent à un tableau volontairement
« absurde » de bout en bout, on ne peut qu’être frappé – je crois –
par l’irruption de phrases telles que « tu m’en referas une portée »,
de même que par les thèmes déjà esquissés dans « Olivier et Gertrude »,
notamment la folie et l’asile. Deux des personnages, au demeurant, s’appellent Follassinne et Le Fou. Le Fou apparaît dans toutes mes
comédies de 1969, et, « symboliquement », « c’est moi ».]
Le Fou :
-
Je vais chercher un
asile.
Et, bientôt…
-
Toc, toc, toc ?
Le Fou :
- Ouf. On attend Yann.
Henri :
-
Allez mener Yann.
Le Fou y va, puis revient. Il demande
à être payé.
Henri :
-
Voici 0,10 francs.
Le Fou :
-
Mais vous aviez
promis mille francs.
Henri :
-
Oui, mais j’ai
changé d’avis.
On met Le Fou dehors.
Le Fou :
-
Et ben, dame, ça…
Puis il va voir Eléandre.
Un homme (cela étonne Le Fou) vient
lui ouvrir.
Le Fou :
-
Pourrais-je voir
Mademoiselle Eléandre ?
L’homme :
-
Ah, ma femme.
Le Fou :
-
J… Je…
L’homme :
-
Vous entrez, oui…
Le Fou :
-
Bonjour,
« mademoiselle » Eléandre.
(A part lui : ah ! lui dire
« mademoiselle », elle qui était presque ma femme).
« Mademoiselle » Eléandre :
-
Bonjour,
« Monsieur », mais… qui êtes-vous ? je ne vous connais pas. Et
que venez-vous faire ?
Le Fou :
-
Euh… Quelle heure
est-il ?
L’homme :
-
Trois heures.
Le Fou :
-
Au revoir.
Après cet accueil peu chaleureux, Le
Fou s’en va. Il va chez le Croque-mort.
Le Croque-Mort :
-
Mon Dieu !
Vous !
Le Fou :
-
Quoi ?
Le Croque-Mort :
-
Vous ne savez
pas ? Votre tête est mise à prix.
Le Fou :
-
…
Le Croque-Mort :
-
Voilà. Ce matin, un
hold-up a été commis. Euh… et… p… par vous. Hum. On a témoigné.
-
Toc, toc, toc.
Le Croque-Mort:
-
Qui est là ?
-
Police. Ouvrez, au
nom de la loi.
Le Croque-Mort :
-
Cachez-vous.
Il ouvre. Deux policiers entrent.
-
Nous avons un mandat de perquisition. Une dame a vu entrer chez vous l’homme
que nous recherchons. Vous vous mettez en marge des lois. Livrez-le nous.
Le
Croque-Mort :
-
Un homme ?…
Quelle catégorie de cercueils ? En chêne ? Je…
-
Silence ! Où
est cet homme ?
Le Croque-Mort :
-
Son nom ?
-
Le Fou.
Le Croque-Mort :
-
Attendez, je vais
voir mon registre… attendez… Le Fou, dites-vous ?… Ah non, il n’y a pas de
« Le Fou ». Mais peut-être dans les cercueils en…
-
Le Fou vit. Du moins
pour l’instant, car il va être fusillé.
Le Croque-Mort :
-
S’il vit, allez
consulter les registres de la Mairie, ou les bureaux des renseignements.
Tandis que le Croque-Mort
berne ainsi l’inspecteur, Le Fou est dans la cave, dans un tonneau.
Mais l’inspecteur commence à fouiller
la maison.
-
A la cave,
maintenant.
Mais l’inspecteur ne trouve pas de
poignée à la porte de la cave. Il s’en plaint au Croque-Mort.
-
Comment
ouvre-t-on ?
Le Croque-Mort :
-
Ah ! D’ici, on
ne peut ouvrir. Pour ouvrir cette porte, il faut être à l’intérieur.
-
Oui, et comment y va-t-on,
à cet « intérieur » ?
Le Croque-Mort :
-
Bé, dame… par la
porte, là.
(Il montre la porte sans poignée).
[Commentaire d’Olivier Mathieu
(2007) : l’absurde continue, mais le lecteur notera le retour fréquent,
comme dans « Olivier et Gertrude », des mêmes thèmes : la mort,
la folie, la recherche de « Le Fou » par la police.]
A ce moment, un homme arrive, dit que
c’est lui qui a fait le hold-up, et pas Le Fou, et qu’il se livre à la police,
pour qu’un innocent ne soit pas fusillé à sa place.
Le Fou trouve une autre « enculatrice », et lui raconte toutes les nuits ses
aventures. Et la journée, la femme de le raconter aux voisines, etc…
[ Commentaire d’Olivier
Mathieu (2007) : après « ô Plutarque, Astarté ! »,
l’apparition de ce mot (« enculatrice »)
est frappante. Bien que nous soyons en 2007, une époque où l’érotisme trop
souvent est depuis longtemps tombé dans la pornographie, et la provocation
littéraire dans le plus ennuyeux des conformismes (le conformisme de la
transgression), certains lecteurs seront peut-être surpris de lire, ici, sous
la plume d’un enfant de huit ans, cet « enculatrice »
dérivé du verbe « enculer ».
Toute littérature, au fond, est – en substance – plus ou moins érotique, quelle que soit la « crudité » du vocabulaire employé. On est parfois proche, dans les « Dames très dignes » (et surtout dans « L’Enfance du Fou »), du « délire verbal », des paroxysmes que le Marquis de Sade met dans la bouche de ses « héros » ou de ses cruelles lesbiennes. Mais le nom qui me vient à