CL

Présentation par l’auteur

 

Cette brève nouvelle littéraire, intitulée « CL », œuvre écrite au mois de septembre 2007 (avec l’intention précise de la publier sur le site de M. Daniel Fattore, écrivain suisse), retiendra peut-être - ainsi que l’autre nouvelle de moi disponible sur ce site, « Le Sacrifice » - l’attention d’un éditeur courageux, voire de quelques amants de la littérature. Que ceux qui désirent m’écrire le fassent – tant qu’il est temps.

 

Le personnage de « Michaëlla » est imaginaire. « Pietro Bocher » est un anagramme de Robert Pioche, bien que ce texte ne soit – en rien – autobiographique.

 

Cette nouvelle naît, principalement, d’une crainte. Hélas, il s’agit de bien davantage qu’une crainte : mais presque d’une certitude. Mon opinion est que, dans les toutes prochaines décennies, les déplacements des citoyens (à commencer par ceux des pays occidentaux) seront de plus en plus contrôlés, électroniquement, « en temps réel ». Dès aujourd’hui, nul n’ignore - je pense - que sa position géographique peut être connue par des tiers, en permanence, et presque au mètre près, dès lors qu’il possède par exemple un téléphone portable, ou que sa voiture est munie d’un « GSM ». Mais il y a pire : il est de plus en plus question, notamment aux Etats-Unis, d’insérer sous la peau des bébés des microchips. Selon toute vraisemblance, de premières expériences en ce sens ont déjà eu lieu. Naturellement, les raisons officielles données à tout cela sont, ou semblent extrêmement nobles : il s’agit, dans le cas des microchips sous-cutanés, d’améliorer la santé des citoyens (le microchip devrait contenir toutes les informations sanitaires utiles aux médecins, notamment en cas d’accident et de perte de connaissance) ; il s’agit, dans le cas des systèmes GSM, de lutter contre les voleurs d’autos ; il s’agit, dans le cas des téléphones portables, de lutter contre la criminalité. Mais dès aujourd’hui, en outre, en 2007, il existe très officiellement (notamment en Grande-Bretagne, dans le commerce) des « anoraks » destinés aux enfants, anoraks munis d’un tel microchip, afin que leurs parents puissent savoir à tout instant où ils se trouvent. On espère aussi, sans doute, que ce procédé puisse être utile dans le cas des enlèvements d’enfants. Cela dit, il n’en reste pas moins - selon moi - que des enfants qui (par exemple au nom de la lutte contre la pédophilie) auront été surveillés électroniquement pendant leurs premières années ont bien des chances de devenir, au moins pour la plupart d’entre eux, des adultes qui élèveront peu de   protestations le jour où un Etat, ou des Etats, imposeront l’obligation à tout citoyen l’obligation d’être muni d’un tel « bracelet électronique » (qui est parfaitement possible technologiquement, puisqu’il existe déjà pour les prisonniers remis en liberté parce que les prisons sont trop pleines). On peut très volontiers imaginer, selon moi, que d’ici quelques dizaines d’années, peut-être moins, cette surveillance électronique soit étendue à tous les citoyens, ou pour commencer à certaines catégories de citoyens, par exemple sous prétexte « de lutter contre la menace du terrorisme et d’Al Quaeda ». De même que, actuellement, en France, on parle d’imposer le test obligatoire de l’ADN à tous les immigrés. Je me borne, pour ma part, à dire ici qu’installer un microchip dans l’anorak d’un enfant (et cela, probablement, dans beaucoup de cas, à son insu) me semble le premier pas d’une périlleuse tendance liberticide, qui ne s’arrêtera certainement pas là. S’en remettre, en outre, à l’électronique, risque à la longue de provoquer un relâchement de la surveillance effectuée par les parents eux-mêmes. Le fait d’employer de tels appareils est, toujours selon moi, un symptôme de la mutation de l’espèce humaine vers une nouvelle humanité technologique, qui aura bientôt pour corollaires les voitures volantes, les déportations sur Mars, les robots japonais dont nous parlent les films de science-fiction, non pas parce que les auteurs de science-fiction auraient une imagination démesurée mais parce que, sans doute, lesdits auteurs de science-fiction sont chargés de présenter aux populations mondiales, et de les y préparer petit à petit, l’enfer inhumain et anti-humain où on les conduit. Et cela, au moment même où des milliers d’espèces animales et végétales disparaissent, brisant les mécanismes de l’écosystème et mettant en danger, tout simplement, au bout de la chaîne, l’être humain tout court. Quelles que soient les justifications apportées à de telles innovations technologiques au nom du « Progrès », tout citoyen véritablement amant de la liberté ferait bien de se poser des questions, dès aujourd’hui, avant qu’il ne soit trop tard. Mais si des populations entières acceptent sans rébellion, désormais, dans tout l’Occident, d’être fichées électroniquement, et que leur position géographique et leurs déplacements puissent être suivis à la trace, enregistrés et archivés, par le recoupement du « signal » de leur téléphone portable ou par les opérations effectuées par leur carte de crédit, etc. ; si des populations entières, en Occident, acceptent d’être filmées pratiquement où que ce soit dans la rue, à la banque, dans les magasins, au nom de la lutte contre l’insécurité ; si des populations entières, en Occident, acceptent que leurs conversations téléphoniques et autres soient ou puissent être elles aussi écoutées, enregistrées et archivées par diverses polices, divers services ou divers Etats (il a été officiellement admis que, après le « 11 septembre », l’administration Bush, par exemple, a « écouté » des dizaines de millions de citoyens américains), ou par le système « Echelon », et cela y compris en l’absence de quelque décision ou enquête officielle d’un juge, il est à se demander s’il n’y a pas déjà longtemps qu’il est trop tard. Car, malgré les « commissions de contrôle » et les assurances données sur le « respect de la vie privée »,  il est légitime de s’interroger au sujet de ce qui est fait aujourd’hui, et ce qui sera fait demain, des données ainsi réunies sur tout un chacun, ou sur certains individus en particulier, par des tiers. Je suis malheureusement certain que ces quelques lignes rapides de ma part, dans les deux ou trois prochaines décennies, seront insidieusement mais cruellement confirmées par l’actualité (on peut hypothiser que, lorsqu’une nouvelle devient « d’actualité », c’est que, dans la réalité, on se trouve déjà au stade successif). Nous voici déjà bien loin de « 1984 ».

Olivier Mathieu

 

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